Pétrole à 115 $ : ce qui s'est passé le 23 octobre

Le vendredi 23 octobre 2026, le baril de Brent de la mer du Nord a brièvement touché 115 dollars, son plus haut niveau depuis début mai. Le brut américain WTI dépassait les 100 dollars. Le même jour, le prix du gaz européen (TTF néerlandais) montait à 93,72 € le mégawattheure, un niveau inédit depuis 2022. Mardi 27 octobre, le Brent restait proche de ce sommet, à 115,15 dollars, malgré un léger recul sur des espoirs de désescalade.

Le déclencheur : des attaques des Houthis contre des infrastructures civiles saoudiennes, dont des sites pétroliers et des aéroports, d'une ampleur inédite depuis le début du conflit au Yémen en 2014, sur fond de tensions entre Washington et Téhéran. Le marché reste marqué par la paralysie du détroit d'Ormuz début mai. Pour mesurer le chemin parcouru, le Brent valait 72,48 dollars le 27 février 2026, avant le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient.

L'essentiel : un baril passé de 72 à 115 dollars en huit mois, c'est +59 %. Ce choc se transmet à votre budget par trois canaux : le carburant et le chauffage, l'inflation qui ronge vos livrets, et les taux d'intérêt qui pèsent sur la Bourse et le crédit. La bonne nouvelle : le taux du Livret A devrait remonter au 1er février 2027.

Premier canal : la pompe et la facture de chauffage

À la pompe, le gazole s'affichait en moyenne à 2,378 € le litre le lundi 26 octobre, et le SP95-E10 à 2,146 €, selon les relevés quotidiens publiés par Roole à partir des déclarations des stations. Le gazole reste proche du pic de septembre, que nous avions analysé dans notre article sur le gazole record et les frais réels.

Pour un conducteur qui parcourt 15 000 km par an avec une voiture diesel consommant 6 litres aux 100 km, le calcul est simple : 900 litres × 2,378 € = 2 140 € par an de carburant. Chaque hausse de 10 centimes par litre ajoute 90 € à la facture annuelle. Le gaz, au plus haut depuis 2022 sur le marché de gros, se répercutera sur les offres indexées au fil des mois, avec un décalage.

Deuxième canal : l'inflation est remontée à 3,1 %

L'énergie tire déjà les prix vers le haut. Selon l'Insee, l'inflation a atteint 3,1 % sur un an en septembre 2026, un plus haut depuis janvier 2024, avec des prix de l'énergie en hausse de 21,3 % sur un an. L'indice harmonisé européen (IPCH), celui que regarde la BCE, ressort à 3,4 %. Hors énergie et produits volatils, l'inflation dite sous-jacente reste contenue à 1,5 %.

Ce décalage est important pour l'épargnant : tant que la hausse vient surtout de l'énergie, elle peut refluer vite si le baril recule. Mais un pétrole durablement au-dessus de 100 dollars finit par se diffuser aux transports, à l'alimentation et aux services. Le chiffre d'octobre, attendu à la fin du mois, intégrera le nouveau pic du baril.

Ce que ça change pour votre Livret A, votre LEP et votre fonds euros

Avec une inflation à 3,1 %, la plupart des placements sans risque rapportent moins que la hausse des prix. Le tableau ci-dessous compare le rendement net de chaque support à l'inflation de septembre.

PlacementRendement netRendement réel (inflation 3,1 %)
Livret A / LDDS1,70 %−1,4 point
LEP2,50 %−0,6 point
Fonds euros moyen (2,90 % brut)≈ 2,40 % après 17,2 % de prélèvements sociaux−0,7 point
Super-livret à 1,72 % brut≈ 1,18 % après PFU de 31,4 %−1,9 point

Exemple sur 10 000 € pendant un an. Sur un Livret A à 1,70 %, vous touchez 170 € d'intérêts. Avec 3,1 % d'inflation, il vous faudrait 310 € de plus pour garder le même pouvoir d'achat. Vous perdez donc 310 − 170 = 140 € de pouvoir d'achat. Sur un LEP à 2,50 %, la perte tombe à 310 − 250 = 60 €. Si vous y avez droit, le LEP reste le meilleur placement sans risque du moment.

Les épargnants l'ont compris : selon la Caisse des dépôts, le Livret A a subi en septembre une décollecte de 1,52 milliard d'euros, la septième de l'année, malgré le relèvement du taux à 1,70 % au 1er août.

L'essentiel : la formule du Livret A fait la moyenne de l'inflation et du taux interbancaire €STR sur six mois. Selon le calcul publié par France Transactions le 27 octobre, le taux théorique au 1er février 2027 ressort à 2,20 %. Ce n'est pas une décision : le gouvernement tranchera mi-janvier. Le mécanisme est détaillé dans notre article sur le taux théorique.

Troisième canal : les taux d'intérêt et la BCE cette semaine

Le pétrole cher complique la tâche de la Banque centrale européenne, qui se réunit les 28 et 29 octobre. Son taux de dépôt est à 2,50 % depuis le 16 septembre, après deux hausses cette année. Un nouveau choc énergétique pousse à la fermeté, alors que la croissance ralentit. Fin août, les marchés donnaient environ 76 % de chances à un statu quo en octobre ; ces probabilités ont pu évoluer depuis.

Côté dette française, le maintien de la note Aa3 par Moody's le 23 octobre a permis à l'OAT à 10 ans de repasser sous 5 %. Mais des taux longs élevés continuent de peser sur le crédit immobilier, dont les barèmes ont encore monté en octobre, et sur la valorisation des actions.

Et votre PEA ou votre ETF monde ?

Un choc pétrolier ne frappe pas tous les secteurs de la même façon. Voici comment il se répartit généralement :

  • Gagnants : les producteurs et services pétroliers, dont les profits suivent le prix du baril (TotalEnergies au CAC 40, par exemple).
  • Perdants : les transporteurs aériens, la chimie et les secteurs gros consommateurs d'énergie, ainsi que la consommation discrétionnaire quand le budget des ménages se resserre.
  • Neutre à long terme : un ETF MSCI World ou CAC 40 contient les deux camps, ce qui amortit le choc.

Le CAC 40 a d'ailleurs rebondi de 0,83 % le 26 octobre, à 7 847 points, porté par la détente des taux. Pour un investisseur de long terme, vendre son ETF sur un pic de pétrole revient à parier sur le timing des marchés, ce qui réussit rarement. Le plus efficace reste de poursuivre ses versements programmés, comme l'explique notre guide de l'investissement programmé (DCA).

Que faire concrètement cette semaine

  1. Vérifiez votre éligibilité au LEP : il rapporte 2,50 % net, soit 0,8 point de plus que le Livret A, sous condition de revenus.
  2. Ne bloquez pas l'excédent sur un livret : au-delà de votre épargne de précaution, un fonds euros à 2,90 % brut ou des versements réguliers sur un ETF protègent mieux contre l'inflation sur le long terme.
  3. Gardez votre stratégie actions : pas de vente précipitée, pas d'achat massif d'actions pétrolières au sommet du cycle.
  4. Anticipez le budget énergie : si vous roulez beaucoup, chiffrez l'option frais réels pour votre déclaration 2027.

Article éditorial à visée informative, ne constitue pas un conseil en investissement. Les cours du pétrole et des carburants évoluent chaque jour ; les chiffres cités sont ceux disponibles au 27 octobre 2026. Le taux théorique du Livret A est une projection, pas une décision. Sources : AFP via Connaissance des Énergies, pétrole au plus haut depuis mai (23 octobre 2026) ; Cours du Brent au 27 octobre 2026 ; Insee, indice des prix à la consommation de septembre 2026 ; AFP via Boursorama, inflation définitive à 3,1 % ; Roole, prix des carburants au 26 octobre 2026 ; France Transactions, taux théorique du Livret A ; Caisse des dépôts via Boursorama, collecte du Livret A en septembre ; Meilleurtaux, taux moyen des livrets bancaires ; Moneyvox, séance du 26 octobre 2026.