Le calcul du 1er septembre place le Livret A à 2,00 %

Depuis le 1er août 2026, le Livret A rapporte 1,70 % net. Mais la formule réglementaire qui sert à fixer ce taux ne s'arrête pas entre deux révisions : elle continue de tourner, mois après mois, au rythme de l'inflation et des taux monétaires. Et au 1er septembre 2026, elle ne ressort plus à 1,70 % : elle ressort à 2,00 %, soit 30 centimes de point au-dessus du taux réellement servi aujourd'hui.

Ce décalage n'est pas anecdotique. Le calendrier réglementaire prévoit un calcul intermédiaire au 15 octobre, pour une application possible au 1er novembre. Autrement dit : une hausse hors calendrier du Livret A est techniquement sur la table cet automne, quatre mois avant la révision « normale » du 1er février 2027. Reste à savoir si elle sera activée — et ce que ça change vraiment pour ton épargne.

L'essentiel : la formule du Livret A ressort à 2,00 % au 1er septembre 2026, contre 1,70 % servi actuellement. Une révision exceptionnelle peut être calculée le 15 octobre pour s'appliquer au 1er novembre, mais elle reste facultative et rarement utilisée. Sur un Livret A au plafond, l'écart entre 1,70 % et 2,00 % vaut 68,85 € par an — pas de quoi bouleverser une allocation, assez pour ne pas laisser dormir 30 000 € sur un compte courant.

Comment le taux est calculé (et pourquoi il monte)

Le taux du Livret A n'est pas décidé au doigt mouillé. Il découle d'une formule fixée par l'arrêté du 27 janvier 2021 : on retient le plus élevé de deux termes.

  1. La moyenne arithmétique entre (a) la moyenne semestrielle de l'inflation française — indice INSEE des prix à la consommation hors tabac, glissement annuel — et (b) la moyenne semestrielle de l'€STR, le taux interbancaire au jour le jour de la zone euro.
  2. Un plancher de 0,5 %.

Le résultat est arrondi au dixième de point le plus proche. Les deux jambes de la formule poussent aujourd'hui dans le même sens, à la hausse :

  • L'inflation française réaccélère. Selon l'estimation provisoire de l'INSEE publiée le 28 août 2026, les prix à la consommation progressent de 2,4 % sur un an en août, après 2,1 % en juillet. Le moteur est l'énergie, en hausse de 16,7 % sur un an, tirée par les produits pétroliers. L'indice harmonisé (IPCH), qui sert aux comparaisons européennes, ressort à 2,7 %.
  • Les taux monétaires remontent aussi. L'€STR colle au taux directeur de la BCE, aujourd'hui à 2,25 %. Or les marchés de swaps intègrent désormais pleinement une hausse de 25 points de base lors de la réunion du 10 septembre 2026, qui porterait le taux de dépôt à 2,50 %. Motif : l'inflation de la zone euro est passée à 3,3 % en août (estimation rapide Eurostat du 1er septembre), au plus haut depuis septembre 2023, avec une énergie à +14,3 % sur un an.

Une formule dont les deux composantes montent en même temps, cela donne mécaniquement un taux théorique qui s'éloigne du taux servi. C'est exactement ce qui se passe : 1,70 % appliqué, 2,00 % calculé.

15 octobre, 1er novembre : le calendrier des révisions exceptionnelles

Beaucoup d'épargnants pensent que le taux du Livret A ne peut bouger que deux fois par an. C'est presque vrai : le 1er février et le 1er août sont les rendez-vous de droit commun. Mais la réglementation prévoit aussi deux fenêtres intermédiaires, activables « en cas de variation marquée » de l'inflation ou des taux monétaires, sur proposition du gouverneur de la Banque de France.

Date de calculApplication possibleStatutFréquence d'usage
15 janvier1er févrierRévision de droit communSystématique
15 avril1er maiRévision intermédiaire facultativeExceptionnelle
15 juillet1er aoûtRévision de droit communSystématique
15 octobre1er novembreRévision intermédiaire facultativeExceptionnelle

Deux nuances à garder en tête avant de faire des plans sur la comète. D'abord, ces ajustements hors calendrier sont, en pratique, très rarement utilisés : la norme reste février et août. Ensuite, la formule ne commande pas la décision. Le gouverneur de la Banque de France propose, le ministre de l'Économie arrête : la fixation du taux du Livret A reste, au bout de la chaîne, une décision politique. Le gouvernement a d'ailleurs plusieurs fois retenu un taux inférieur au résultat brut de la formule, au nom du financement du logement social et du coût de la ressource pour les banques.

Traduction concrète : 2,00 % au 1er novembre 2026 est un scénario, pas une promesse. Le scénario le plus probable reste une révision au 1er février 2027, sur la base du calcul du 15 janvier — avec, si l'inflation reste sur cette trajectoire, une hausse à la clé.

Ce que 0,30 point rapporte vraiment, en euros

Passons du pourcentage au portefeuille. Le plafond de versement du Livret A est de 22 950 € (hors intérêts capitalisés). Déroulons le calcul, pas à pas, sur une année pleine.

  1. Au taux actuel de 1,70 % : 22 950 × 1,70 % = 390,15 € d'intérêts annuels, nets de tout impôt et de tout prélèvement social (le Livret A est exonéré des deux).
  2. À 2,00 % : 22 950 × 2,00 % = 459,00 €.
  3. Écart : 459,00 − 390,15 = 68,85 € par an, soit 5,74 € par mois.
  4. Si la hausse n'intervient qu'au 1er novembre 2026, elle ne joue que sur deux mois de l'année : 22 950 × 0,30 % × 2/12 = 11,48 € sur l'exercice 2026.

Sur un encours plus courant — disons 15 000 € —, l'écart annuel tombe à 45 € (300 € contre 255 €). C'est le premier enseignement : une révision de 0,30 point ne justifie aucune réorganisation patrimoniale. Elle ne change ni le rôle du Livret A (épargne de précaution, disponible, sans risque, sans fiscalité), ni son plafond.

Le vrai sujet est ailleurs : le rendement réel, c'est-à-dire le taux servi moins l'inflation. Avec une inflation à 2,4 % en août 2026 et un Livret A à 1,70 %, le rendement réel est négatif d'environ 0,7 point. Sur un Livret A au plafond, cela représente près de 160 € de pouvoir d'achat perdus sur un an, malgré des intérêts bien réels de 390 €. À 2,00 %, la perte réelle se réduirait à environ 0,4 point, soit une petite centaine d'euros. Le Livret A ne fait pas gagner de l'argent : il en fait perdre moins vite que le compte courant.

L'essentiel : à 1,70 % face à une inflation de 2,4 %, le Livret A protège environ 70 % du pouvoir d'achat de l'épargne, pas 100 %. Une hausse à 2,00 % améliore la marge sans la refermer. La conséquence pratique est toujours la même : garder sur le Livret A ce qui doit rester disponible et sans risque (3 à 6 mois de dépenses), et diriger l'excédent vers des supports au rendement attendu supérieur — pas l'inverse.

LEP, fonds euros, comptes à terme : où se situe le Livret A à l'automne 2026

Un taux ne s'apprécie jamais seul : il se compare, à disponibilité et à niveau de risque équivalents. Voici l'état des lieux à la rentrée 2026, en rendement net pour l'épargnant.

SupportRendement netPlafondDisponibilitéFiscalité
Livret A / LDDS1,70 % (2,00 % si révision)22 950 € / 12 000 €ImmédiateExonéré d'IR et de prélèvements sociaux
LEP (sous conditions de revenus)2,50 %10 000 €ImmédiateExonéré d'IR et de prélèvements sociaux
Fonds euros d'assurance-vie2,63 % moyen en 2025 (ACPR), écarts de 2,15 % à plus de 4 %AucunQuelques jours à quelques semainesPrélèvements sociaux à 17,2 % + IR selon l'antériorité du contrat
Livret bancaire fiscaliséTaux brut à diviser par la fiscalitéAucunImmédiateFlat tax à 31,4 % en 2026

Deux points méritent d'être soulignés, parce qu'ils sont systématiquement mal lus.

  • Le LEP reste la meilleure affaire du marché réglementé pour ceux qui y ont droit : 2,50 % net, sans risque, dès aujourd'hui. Sa formule le maintient structurellement au-dessus du Livret A. Si tu es éligible et que ton LEP n'est pas au plafond de 10 000 €, c'est le premier euro à placer — avant toute discussion sur le Livret A.
  • Un livret fiscalisé à 3 % brut ne bat pas un Livret A à 2 % net. Depuis 2026, les intérêts des livrets bancaires supportent la flat tax à 31,4 % (12,8 % d'impôt sur le revenu + 18,6 % de prélèvements sociaux). 3 % brut deviennent 2,06 % net. Les taux « boostés » affichés à 4 ou 5 % ne valent en général que quelques mois, sur un montant plafonné, et se calculent prorata temporis : lis toujours la durée et le plafond avant le taux.

Pour l'épargne longue, ni le Livret A ni le LEP ne sont dans la course : ils servent à sécuriser, pas à capitaliser. C'est le rôle du PEA et de l'assurance-vie, sur lesquels le rendement attendu se compte en points, pas en dixièmes de point.

Que faire d'ici le 15 octobre (et ce qu'il ne faut surtout pas faire)

Trois réflexes utiles, et deux erreurs classiques à éviter.

  • Vérifie ton éligibilité au LEP. Elle dépend du revenu fiscal de référence et se contrôle automatiquement par ta banque. Des centaines de milliers de foyers éligibles n'en ont pas ouvert : 10 000 € à 2,50 % au lieu de 1,70 %, c'est 80 € de plus par an, sans aucun risque ni fiscalité.
  • Remplis d'abord les enveloppes exonérées (Livret A, LDDS, LEP) avant tout livret fiscalisé : à taux brut égal, l'écart de fiscalité est de 31,4 points.
  • Chiffre ton épargne de précaution — 3 à 6 mois de dépenses courantes — et considère le reste comme de l'épargne investissable, à horizon 8 ans et plus.

Les deux erreurs à ne pas commettre : attendre le 1er novembre pour placer (0,30 point sur deux mois, c'est 11,48 € au plafond — l'attente coûte plus cher que le gain espéré) ; et vider un contrat d'assurance-vie ancien pour charger un Livret A à 2 %. L'antériorité fiscale d'un contrat de plus de huit ans, avec son abattement annuel de 4 600 € (9 200 € pour un couple) sur les gains rachetés, vaut bien davantage que 0,30 point sur 22 950 €.

L'essentiel : la bonne question n'est pas « le Livret A va-t-il monter à 2 % le 1er novembre ? » mais « combien d'euros dorment sur mon compte courant, à 0 % ? ». L'écart entre un compte courant et un Livret A au plafond, c'est 390 € par an aujourd'hui ; l'écart entre 1,70 % et 2,00 %, c'est 68,85 €. Le premier arbitrage vaut six fois le second, et il ne dépend d'aucune décision ministérielle.