1er octobre 2026 : l'OAT touche 4,96 %, du jamais-vu depuis 2002

Le jeudi 1er octobre 2026, jour de la présentation du projet de loi de finances (PLF) pour 2027, le rendement de l'OAT à 10 ans, l'obligation de référence de l'État français, a touché en séance 4,9629 %. Il faut remonter à 2002 pour retrouver un tel niveau. Le taux a ensuite reflué après les annonces budgétaires pour clôturer à 4,83 %, mais le signal est posé : en juillet, nous commentions une OAT qui venait de franchir 4 % ; elle frôle désormais les 5 %.

Le mouvement n'est pas seulement français. Le même jour, le taux américain à 10 ans culminait à 5,32 % (5,34 % selon certaines sources) et le Bund allemand montait à 3,64 % en séance, après +71 points de base sur le seul troisième trimestre. Mais la France paie une surprime spécifique : l'écart avec l'Allemagne (le spread OAT-Bund) a atteint 133 points en séance avant de finir à 127,5 points, un record depuis la crise de la zone euro de 2012.

L'essentiel : l'État français emprunte désormais plus cher que l'Italie. Le 1er octobre, le BTP italien à 10 ans finissait à 4,73 %, contre 4,83 % pour l'OAT. Pour l'épargnant, c'est une mauvaise nouvelle pour les finances publiques… et une opportunité de rendement inédite depuis vingt ans sur la partie « sans risque » d'un patrimoine.

Pourquoi les taux français s'envolent : trois moteurs

Trois forces se cumulent, et aucune ne devrait disparaître d'ici la fin de l'année :

  1. Un mur d'émissions record. Le 29 septembre, l'Agence France Trésor a annoncé un programme de 340 milliards d'euros d'emprunts à moyen et long terme pour 2027, contre 310 milliards en 2026 et 260 milliards en 2022. Plus l'État doit placer de titres, plus il doit rémunérer les acheteurs.
  2. Une dette qui continue de grimper. Elle atteignait 119 % du PIB fin juin 2026 (3 595,5 milliards d'euros) et devrait monter à 121,7 % en 2027, un niveau jamais observé dans les séries depuis 1978. Le PLF vise un déficit ramené de 5,4 % à 5 % du PIB, avec 43 milliards d'euros de mesures nouvelles, mais le retour sous 3 % n'est attendu qu'en 2029.
  3. Un contexte mondial de taux longs. Les rendements américains sont au plus haut depuis 2002 et la Fed a relevé ses taux le 16 septembre. Quand le « taux sans risque » mondial monte, tous les emprunteurs souverains suivent, et les plus endettés davantage.

Détail révélateur : l'AFT a construit son programme 2027 sur une hypothèse d'OAT à 10 ans à 4,3 %. Le marché cote déjà 0,5 à 0,6 point au-dessus. Selon le PLF, la charge de la dette atteindrait environ 91 milliards d'euros en 2027, soit une dizaine de milliards de plus que prévu. Nous avions décrit le début de cette dérive lorsque le spread a franchi les 100 points le 18 septembre : en deux semaines, il a encore pris près de 30 points.

Les chiffres clés de la séance, en un tableau

Pour situer le choc, voici les principaux taux à 10 ans relevés le 1er octobre 2026 (sources : Reuters via Boursorama, Centaure Investissements). Le « plus haut séance » correspond au pic atteint avant la présentation du budget.

Indicateur (10 ans) Plus haut séance Clôture Commentaire
OAT France 4,96 % 4,83 % Plus haut depuis 2002
Bund Allemagne 3,64 % 3,58 % +71 pb sur le trimestre
BTP Italie — 4,73 % Sous le taux français
Spread OAT-Bund 133 pb 127,5 pb Record depuis 2012
Treasury États-Unis 5,32 % — Plus haut depuis 2002

Le lendemain, vendredi 2 octobre, la publication d'un rapport sur l'emploi américain très décevant (29 000 créations de postes) a fait reculer les taux et rebondir le CAC 40 de 0,79 % à 7 897 points, après une chute de 1,62 % la veille. La détente reste modeste : l'OAT demeure à proximité des 4,9 %.

Exemple chiffré : 10 000 € placés à 4,9 %, combien en reste-t-il net ?

Prenons un épargnant qui achète pour 10 000 € d'OAT à 10 ans sur un compte-titres, à un rendement de 4,9 %, et la conserve jusqu'à l'échéance. Le calcul, pas à pas :

  1. Revenu brut annuel : 10 000 € × 4,9 % = 490 €.
  2. Fiscalité 2026 des titres : flat tax de 31,4 % (12,8 % d'impôt + 18,6 % de prélèvements sociaux), soit 490 € × 31,4 % = 153,86 €.
  3. Revenu net annuel : 490 € − 153,86 € = 336,14 €, soit un rendement net de 3,36 %.
  4. Sur dix ans : 336,14 € × 10 = 3 361 € nets (hors réinvestissement des coupons), capital de 10 000 € remboursé à l'échéance si l'État honore sa signature.

À titre de comparaison, la même somme sur un Livret A à 1,7 % (taux en vigueur depuis le 1er août 2026, net d'impôt) rapporte 170 € par an, soit 1 700 € sur dix ans à taux constant. Sur un fonds en euros servant la moyenne de 2025 (2,63 % selon l'ACPR), on obtient 263 € avant prélèvements sociaux de 17,2 %, soit 217,76 € nets après huit ans dans la limite de l'abattement.

Placement (10 000 €) Taux brut Fiscalité retenue Net par an Net sur 10 ans
Livret A 1,70 % Exonéré 170 € 1 700 €
Fonds en euros (moyenne 2025) 2,63 % PS 17,2 % (contrat de plus de 8 ans) 218 € 2 178 €
OAT 10 ans détenue à l'échéance (CTO) 4,90 % PFU 31,4 % 336 € 3 361 €

Calculs NokxiHub, hors réinvestissement des intérêts, à taux constants pour le Livret A et le fonds en euros (ce qui est une simplification : ces taux varieront). Pour les contribuables peu imposés, l'option pour le barème progressif peut alléger la facture : c'est le cas à une tranche marginale de 0 % ou 11 %.

Le piège à connaître : la valeur de revente bouge avec les taux

Le rendement de 4,9 % n'est « garanti » que si l'on garde l'obligation jusqu'à l'échéance. Entre-temps, son prix fluctue en sens inverse des taux. La règle d'approximation utilise la sensibilité (ou duration modifiée) : une obligation d'une sensibilité de 8 perd environ 8 % de sa valeur si les taux montent d'un point.

Appliquons-la à un ETF d'obligations d'État de la zone euro d'une sensibilité de 7, sur 10 000 € :

  • Si les taux montent encore de 0,5 point : 7 × 0,5 % = −3,5 %, soit −350 € de valeur liquidative, partiellement compensés par environ 1 an de portage (environ +4 % brut).
  • Si les taux reculent de 0,5 point : +350 € de plus-value latente, en plus du portage.
  • Si les taux restent stables : seul le portage joue, autour du rendement actuariel du fonds moins ses frais.
L'essentiel : acheter du taux à près de 5 % n'est intéressant que si l'horizon de placement correspond à la durée de l'obligation. Si vous risquez d'avoir besoin de l'argent dans deux ans, une obligation à dix ans peut se revendre en perte. Une échelle d'échéances (2, 4, 6 ans…) ou un fonds daté limite ce risque.

Pour comparer ce support au fonds en euros, dont le capital est garanti, relisez notre analyse fonds en euros ou ETF obligataire, écrite quand l'OAT était à 4 % : l'écart en faveur de l'obligataire s'est encore creusé depuis.

Ce que ça change pour votre épargne et vos crédits

La hausse des taux longs se diffuse à tout votre patrimoine, mais à des vitesses très différentes :

  • Fonds en euros : les assureurs investissent l'argent frais à près de 5 %, mais leurs portefeuilles contiennent encore beaucoup d'obligations achetées à 0-1 % dans les années 2015-2021. Le rendement servi monte donc lentement ; les contrats qui reçoivent beaucoup de collecte nouvelle en profitent plus vite.
  • Livret A et LEP : leur taux dépend de l'inflation et des taux courts, pas de l'OAT. La hausse de l'OAT ne les fait pas monter mécaniquement.
  • Crédit immobilier : les barèmes bancaires suivent l'OAT avec quelques semaines de décalage. Une OAT proche de 5 % pousse les taux de crédit vers le haut cet automne.
  • Actions et PEA : des taux sans risque élevés rendent les actions relativement moins attractives et pèsent sur les valeurs les plus endettées. Les banques françaises, grosses détentrices d'OAT, sont aussi exposées au spread.

Pour l'épargnant de long terme investi en ETF, rien ne justifie de vendre dans la précipitation. En revanche, la partie « prudente » d'un patrimoine mérite un réexamen : laisser 30 000 € sur un compte courant ou un livret à 1,7 % alors que la dette souveraine rapporte près de trois fois plus est un arbitrage coûteux.

Comment profiter des taux à 5 % : les trois portes d'entrée

Un particulier dispose de trois voies principales pour capter ces rendements, chacune avec ses contraintes :

  1. L'OAT en direct sur compte-titres : les OAT se négocient sur Euronext Paris. Avantage : rendement connu à l'achat si l'on va jusqu'à l'échéance. Limites : liquidité parfois faible pour les petits montants, frais de courtage, fiscalité à 31,4 %. Les OAT ne sont pas éligibles au PEA.
  2. Un ETF obligataire (sur compte-titres ou en unité de compte d'assurance-vie) : diversification immédiate et frais souvent inférieurs à 0,20 % par an, mais pas d'échéance fixe, donc un risque de prix permanent.
  3. Un fonds obligataire daté, logé en assurance-vie : il porte ses titres jusqu'à une date fixe et se rapproche du comportement d'une obligation détenue à l'échéance. En assurance-vie, les gains supportent 17,2 % de prélèvements sociaux, et l'abattement annuel de 4 600 € (9 200 € pour un couple) s'applique après huit ans.
L'essentiel : le choix de l'enveloppe pèse autant que le choix du titre. À rendement brut égal de 4,9 %, la fiscalité d'une assurance-vie de plus de huit ans (17,2 % dans la limite de l'abattement) laisse 4,06 % net, contre 3,36 % sur un compte-titres soumis à la flat tax de 31,4 %, avant frais du contrat.

Pour bien répartir vos supports entre enveloppes, notre comparatif PEA ou compte-titres détaille les règles de chacune.

Sources et avertissement

Article éditorial à visée informative, ne constitue pas un conseil en investissement. Les obligations présentent un risque de perte en capital en cas de revente avant l'échéance et un risque de crédit sur l'émetteur. Les rendements passés ne préjugent pas des rendements futurs. Calculs NokxiHub sur la base de la fiscalité 2026.