Gazole à 2,40 € : un record historique, et un Brent au-dessus de 100 $
Le dimanche 20 septembre 2026, le gazole a atteint près de 2,41 € le litre en moyenne nationale, un record absolu selon le calcul de l'AFP à partir des données publiques. Une semaine plus tard, il n'a pas reflué : 2,399 €/L le 28 septembre, soit +0,177 € (+8 %) en trente jours selon les relevés de mon-carburant.com. Le SP95-E10 cote 2,18 €/L et le SP98 2,28 €/L.
Le déclencheur est géopolitique. Le samedi 26 septembre, Donald Trump a rejeté le plan iranien qui prévoyait de rouvrir le détroit d'Ormuz sous sept jours ; lundi 28, le Brent a grimpé jusqu'à 107-108 $ en séance avant de clôturer à 105,28 $. Le baril est au-dessus de 100 $ depuis le 23 septembre. Le record de 2022 (2,14 €/L le 11 mars 2022) avait déjà été effacé fin mars 2026 ; celui de septembre est plus haut encore.
Pour un salarié qui va travailler en voiture, la question n'est pas seulement « combien je paie à la pompe », mais aussi « comment je récupère une partie de ce coût ». Et la réponse tient dans une case de la déclaration de revenus : frais réels ou abattement forfaitaire de 10 %.
L'essentiel : le barème kilométrique fiscal ne suit pas le prix du gazole (il n'a pas été revalorisé pour les revenus 2025). Mais pour un trajet quotidien de 30 km, opter pour les frais réels peut valoir 3 000 € de revenu imposable en moins, soit 900 € d'impôt dans la tranche à 30 %. C'est l'année pour refaire le calcul.
Combien la hausse coûte vraiment à un conducteur
En moyenne mensuelle, le gazole est passé de 1,65 €/L en janvier 2026 à 2,06 € en mars, 2,26 € en avril, 1,96 € en juin, puis 2,34 € sur septembre (moyenne du 1er au 28). Pour mesurer l'effet sur un budget, prenons une voiture diesel consommant 6 litres aux 100 km :
| Kilométrage annuel | Litres consommés | Coût à 1,65 €/L (janvier) | Coût à 2,34 €/L (moy. septembre) | Coût à 2,40 €/L (28 sept.) | Surcoût vs janvier |
|---|---|---|---|---|---|
| 10 000 km | 600 L | 990 € | 1 404 € | 1 440 € | +414 à +450 € |
| 12 900 km (30 km × 2 × 215 j) | 774 L | 1 277 € | 1 811 € | 1 858 € | +534 à +581 € |
| 15 000 km | 900 L | 1 485 € | 2 106 € | 2 160 € | +621 à +675 € |
| 20 000 km | 1 200 L | 1 980 € | 2 808 € | 2 880 € | +828 à +900 € |
À ce rythme, un navetteur qui parcourt 15 000 km par an paie environ 50 € de plus par mois qu'en début d'année. L'effet se voit dans l'inflation : en août 2026, l'Insee mesurait +2,4 % sur un an pour l'ensemble des prix, mais +28,7 % pour les produits pétroliers. Sa note de conjoncture anticipe une inflation de 2,9 % en fin d'année. Suivez l'évolution sur notre observatoire de l'inflation en France.
Sur ces 2,40 €, les taxes pèsent lourd : accise de 59,40 c€/L (plus 1,35 c€ de majoration régionale appliquée presque partout), et TVA de 20 % qui s'applique aussi sur l'accise, soit environ 0,40 € par litre. Au total, un peu plus d'un euro par litre, environ 42 % du prix, contre 43,9 % mesurés par la Commission européenne le 24 août selon Connaissance des énergies.
Le barème kilométrique fiscal ne suit pas la pompe
Pour déduire ses trajets domicile-travail, le salarié qui opte pour les frais réels utilise en général le barème kilométrique publié chaque année par l'administration. Il est censé couvrir l'ensemble des frais du véhicule : carburant, mais aussi dépréciation, entretien, réparations, pneus et assurance. Problème : ce barème n'a pas été revalorisé pour les revenus 2025 (déclaration 2026). Il reste celui issu de la hausse de 5,4 % décidée pour les revenus 2022, selon LégiFiscal.
| Puissance fiscale | Jusqu'à 5 000 km | De 5 001 à 20 000 km | Au-delà de 20 000 km |
|---|---|---|---|
| 3 CV et moins | d × 0,529 | (d × 0,316) + 1 065 | d × 0,370 |
| 4 CV | d × 0,606 | (d × 0,340) + 1 330 | d × 0,407 |
| 5 CV | d × 0,636 | (d × 0,357) + 1 395 | d × 0,427 |
| 6 CV | d × 0,665 | (d × 0,374) + 1 457 | d × 0,447 |
| 7 CV et plus | d × 0,697 | (d × 0,394) + 1 515 | d × 0,470 |
d = distance parcourue à titre professionnel dans l'année. Les montants sont majorés de 20 % pour un véhicule 100 % électrique. Le barème applicable aux revenus 2026, que vous déclarerez au printemps 2027, n'est pas encore connu : il est habituellement publié entre février et avril. Une revalorisation est possible compte tenu de la flambée des prix, mais rien n'est annoncé au 29 septembre. Tous les calculs ci-dessous reprennent donc le barème en vigueur, ce qui est une hypothèse prudente.
Même figé, ce barème reste généreux. Pour une 5 CV qui roule 12 900 km, il valorise chaque kilomètre à environ 0,465 €, alors que le carburant seul, à 2,34 €/L et 6 L/100 km, coûte 0,14 €/km. La hausse du gazole ne change pas la déduction, mais elle rend l'enjeu plus visible et pousse davantage de salariés à vérifier s'ils ont intérêt à basculer.
Frais réels ou 10 % : la règle en deux lignes
Par défaut, l'administration applique à vos salaires une déduction forfaitaire de 10 % pour frais professionnels. Pour les revenus 2025, elle est au minimum de 509 € et au maximum de 14 555 € par membre du foyer, selon impots.gouv.fr. Les montants applicables aux revenus 2026 seront fixés par la loi de finances pour 2027.
Vous pouvez y renoncer et déduire vos frais réels, à condition de les justifier. Le choix se fait chaque année, par déclarant (dans un couple, l'un peut rester aux 10 % et l'autre passer aux frais réels). La logique est simple :
- si vos frais réels dépassent 10 % de votre salaire net imposable, les frais réels gagnent ;
- sinon, l'abattement de 10 % est plus avantageux et ne demande aucun justificatif ;
- le gain d'impôt égale l'écart entre les deux montants multiplié par votre tranche marginale d'imposition (TMI).
Ne connaissez-vous pas votre TMI ? Notre guide TMI 2026 : comment la calculer et le simulateur d'impôt sur le revenu vous la donnent en une minute.
Exemple pas à pas : 30 km de trajet, 30 000 € de salaire
Julie gagne 30 000 € de salaire net imposable par an. Elle habite à 30 km de son travail, qu'elle rejoint en voiture diesel de 5 CV, un aller-retour par jour, 215 jours travaillés par an.
- Distance annuelle : 30 km × 2 × 215 jours = 12 900 km.
- Barème 5 CV, tranche 5 001 à 20 000 km : (12 900 × 0,357) + 1 395 = 4 605,30 + 1 395 = 6 000 € de frais déductibles.
- Abattement de 10 % : 30 000 × 10 % = 3 000 €.
- Écart : 6 000 − 3 000 = 3 000 € de revenu imposable en moins avec les frais réels.
- Gain d'impôt : 3 000 × 11 % = 330 € si sa TMI est de 11 % ; 3 000 × 30 % = 900 € si elle est de 30 %.
Mettons ce gain en face du surcoût de carburant calculé plus haut pour 12 900 km : environ 534 € par an entre le prix de janvier et la moyenne de septembre. Dans la tranche à 30 %, les frais réels font plus que compenser la hausse ; dans la tranche à 11 %, ils en effacent environ 60 %. Et si Julie ajoute ses autres frais (repas, péages, parking), l'écart se creuse encore.
L'essentiel : les frais réels ne sont pas réservés aux gros rouleurs. Pour une 5 CV, ils battent l'abattement de 10 % dès qu'on parcourt environ 11 km aller par jour avec 30 000 € de salaire, et 7 km aller avec 20 000 €.
À partir de combien de kilomètres les frais réels gagnent-ils ?
Le point de bascule se calcule en égalisant le barème et l'abattement de 10 %. Avec une 5 CV et 215 jours de travail, sans aucun autre frais :
| Salaire net imposable | Abattement 10 % | Distance annuelle de bascule (5 CV) | Trajet aller équivalent |
|---|---|---|---|
| 20 000 € | 2 000 € | ≈ 3 145 km (d × 0,636) | ≈ 7,3 km |
| 30 000 € | 3 000 € | ≈ 4 717 km (d × 0,636) | ≈ 11 km |
| 45 000 € | 4 500 € | ≈ 8 697 km ((d × 0,357) + 1 395) | ≈ 20 km |
| 60 000 € | 6 000 € | ≈ 12 899 km ((d × 0,357) + 1 395) | ≈ 30 km |
Deux enseignements. D'abord, plus le salaire est élevé, plus il faut rouler pour que les frais réels l'emportent, puisque l'abattement de 10 % grossit avec la rémunération. Ensuite, ces seuils sont des maxima : dès que vous ajoutez des frais de repas, des péages ou un parking, la bascule intervient plus tôt. Un véhicule électrique, avec la majoration de 20 % du barème, abaisse aussi le seuil d'environ un sixième.
Ce qu'on peut ajouter, et les limites à connaître
Le barème kilométrique ne couvre pas tout. En plus, le salarié au réel peut déduire, sur justificatifs :
- les frais de péage et de stationnement liés au trajet domicile-travail ;
- les intérêts d'emprunt du véhicule s'il a été acheté à crédit, au prorata de l'usage professionnel ;
- les frais de repas pris sur le lieu de travail, pour la part qui excède la valeur d'un repas à domicile ;
- les frais de double résidence, de formation ou de matériel, lorsqu'ils sont justifiés par l'emploi.
Deux limites comptent. La première : la distance domicile-travail est en principe retenue dans la limite de 40 km aller (80 km aller-retour par jour), sauf circonstances particulières (emploi du conjoint, précarité du poste, contraintes de logement) à justifier. La seconde : le barème plafonne la puissance à 7 CV, même si votre véhicule est plus puissant.
Vous pouvez aussi renoncer au barème et déduire vos dépenses réelles de véhicule (carburant, entretien, assurance, amortissement), factures à l'appui. Avec un gazole à 2,40 €, cela reste rarement plus intéressant : le carburant ne représente qu'environ 0,14 €/km sur les 0,465 €/km du barème dans notre exemple. Cette option n'a de sens que pour un véhicule coûteux et récent, dont l'amortissement et l'assurance dépassent ce que prévoit le barème.
Aides 2026 : ce qui se cumule, et le piège de la prime carburant
Le 22 septembre, le ministère de la Transition écologique a annoncé un paquet de 450 millions d'euros :
- aide « grands rouleurs » portée à 100 € pour octobre-décembre 2026, avec des plafonds de ressources relevés (environ 2 050 € net par mois pour une personne seule selon le ministère ; 2 035 € selon Service-public.fr, le décret n'étant pas encore publié) et au moins 15 km par trajet ou 8 000 km par an pour le travail ;
- prime carburant employeur exonérée d'impôt et de cotisations jusqu'à 1 000 € par an jusqu'au 31 décembre 2026, facultative pour l'entreprise ;
- chèque énergie avancé à janvier 2027.
Côté distributeurs, TotalEnergies maintient un plafond de 2,25 €/L sur le diesel dans ses stations de l'Hexagone. Avec une moyenne nationale à 2,40 €, faire le plein de 50 litres chez ce distributeur économise environ 7,50 € par plein, soit plus de 100 € par an pour qui fait un plein toutes les deux semaines.
Le piège : si vous optez pour les frais réels, l'administration vous demande de réintégrer dans votre salaire imposable la prise en charge exonérée de vos frais de trajet par l'employeur, dont la prime carburant, comme le précise impots.gouv.fr et le BOFiP. Vous pouvez aussi choisir de ne pas la réintégrer, mais vous perdez alors la déduction de vos trajets. Si Julie touche 1 000 € de prime carburant, son écart net passe de 3 000 € à 2 000 € (6 000 − 1 000 − 3 000) : le gain à 30 % tombe de 900 € à 600 €. Les frais réels restent gagnants, mais de moins.
Comment préparer dès maintenant votre déclaration 2027
Les frais réels se déclarent au printemps 2027, sur les revenus 2026. Mais c'est maintenant, avec des prix records, qu'il faut constituer le dossier, car l'administration peut demander des justificatifs pendant trois ans :
- Notez la puissance fiscale de votre véhicule (case P.6 de la carte grise).
- Tenez un relevé des jours travaillés sur site : les jours de télétravail ne comptent pas dans la distance domicile-travail.
- Conservez tickets de péage, factures de parking et, si vous en avez un, le tableau d'amortissement du crédit auto.
- Récupérez sur votre fiche de paie les montants de prime carburant, de forfait mobilités durables ou de prise en charge de l'abonnement de transport à réintégrer.
- Refaites le calcul en avril 2027 avec le barème officiel des revenus 2026 : s'il est revalorisé, le gain augmente d'autant.
Enfin, rappelez-vous que l'option se prend par déclarant et par an : un changement de poste, un déménagement ou deux jours de télétravail par semaine peuvent inverser le verdict d'une année sur l'autre.
Sources et avertissement
Article éditorial à visée informative, ne constitue pas un conseil fiscal ou en investissement. Les prix des carburants varient selon les sources et les stations ; les calculs reposent sur le barème kilométrique en vigueur pour les revenus 2025, celui des revenus 2026 n'étant pas publié. Sources : mon-carburant.com — prix moyens au 28/09/2026 ; Connaissance des énergies / AFP — record du gazole ; Clubpatrimoine — moyennes mensuelles du gazole 2026 ; Prixdubaril — clôtures du Brent ; Boursorama — Trump rejette le plan iranien ; Fipeco — taxes sur les carburants ; Insee — indice des prix août 2026 ; LégiFiscal — barème kilométrique ; impots.gouv.fr — déduction forfaitaire de 10 % ; impots.gouv.fr — remboursements employeur et frais réels ; BOFiP — prise en charge des frais de trajet ; Ministère de la Transition écologique — mesures du 22/09/2026 ; Service-public.fr — aide grands rouleurs.