299 000 plans pour 2,9 milliards : le PEA que presque personne n'ouvre

Créé en 2014 pour financer les petites et moyennes entreprises françaises, le PEA-PME est resté une curiosité. La Banque de France recensait 299 000 plans à fin 2025, pour un encours global de 2,9 milliards d'euros — soit un encours moyen d'environ 10 000 € par plan. En face, le PEA classique compte plus de 7,3 millions de comptes et quelque 140 milliards d'euros. Le PEA-PME représente donc moins de 4 % des plans en nombre, et à peine 2 % des encours.

Ce désintérêt n'est pas un hasard : le produit cumule un plafond mal compris, un univers d'investissement réellement contraint et, depuis 2022, l'absence totale d'ETF. Mais il conserve un atout que rien d'autre ne remplace — une enveloppe à 18,6 % tout compris après 5 ans pour des actifs qui, ailleurs, seraient taxés à 31,4 %.

L'essentiel : le PEA-PME n'est pas un « deuxième PEA ». C'est une enveloppe de niche dont l'intérêt est réel dans deux cas seulement : quand votre PEA classique est plein, et quand vous détenez des actifs éligibles que vous auriez de toute façon achetés — small caps européennes, titres non cotés, obligations de financement participatif. En dehors de ces cas, l'ouvrir ne sert à rien.

Le plafond à 225 000 € : le piège de la règle de cumul

C'est l'erreur la plus fréquente. On lit « plafond du PEA-PME : 225 000 € » et on en déduit qu'on peut verser 150 000 € sur un PEA plus 225 000 € sur un PEA-PME. C'est faux. Depuis la loi PACTE, la règle est un plafond global de 225 000 € par personne, toutes enveloppes PEA confondues, à l'intérieur duquel le PEA classique ne peut jamais dépasser 150 000 €.

Versements déjà faits sur le PEACapacité restante sur le PEA-PMETotal versé possible
0 €225 000 €225 000 €
50 000 €175 000 €225 000 €
100 000 €125 000 €225 000 €
150 000 € (PEA plein)75 000 €225 000 €

Pour un couple marié ou pacsé, chacun disposant de son propre plafond, l'enveloppe totale atteint 450 000 € de versements. Deux précisions utiles : le plafond porte sur les versements, jamais sur la valeur du plan — un PEA-PME peut valoir 400 000 € sans aucun problème — et les retraits ne rechargent pas la capacité de versement, exactement comme sur un PEA classique.

La conséquence pratique est simple : le PEA-PME devient vraiment intéressant quand le PEA arrive à saturation. C'est le prolongement logique de la question que nous avons traitée dans « PEA plein à 150 000 €, que faire ? » — le PEA-PME y est l'une des réponses, et voici sa mécanique en détail.

Ce que vous pouvez y mettre — et le trou noir : zéro ETF

C'est la contrainte la plus lourde, et la plus mal documentée : aucun ETF indiciel n'est éligible au PEA-PME en 2026. Le seul produit qui existait, le Lyxor PEA PME, a été dissous en janvier 2022 et aucun émetteur ne l'a remplacé. Impossible, donc, de faire ce qu'on fait sur un PEA classique : acheter une ligne unique diversifiée et ne plus y penser. Ici, il faut sélectionner des titres, ou passer par des fonds actifs.

Ce qui est éligible :

  • les actions et parts de PME et ETI européennes (actions cotées, parts de SARL, sociétés coopératives), cotées ou non ;
  • les OPCVM et FCP dont l'actif est investi à au moins 75 % en titres éligibles, dont les deux tiers en titres détenus en direct ;
  • les ELTIF 2.0, fonds européens d'investissement long terme, ouverts au PEA-PME depuis la loi Industrie verte de 2023, sous réserve d'au moins 50 % de titres de PME-ETI ;
  • les obligations convertibles ou remboursables en actions non cotées émises par des sociétés éligibles ;
  • les titres de financement participatif — obligations, minibons, titres participatifs — souscrits via une plateforme agréée prestataire de services de financement participatif (PSFP).

Ce qui est exclu : les ETF indiciels, les actions de préférence, les SCPI et OPCI, les warrants, turbos et produits dérivés, et depuis la loi de finances pour 2025 — avec effet rétroactif au 10 octobre 2024 — les titres issus de management packages (BSPCE, actions gratuites). Ce dernier point a pris de court des salariés de start-up qui avaient logé leurs titres dans le plan.

Quelles entreprises sont éligibles, et à quelle date on l'apprécie

Une société est éligible si son siège est en France, dans l'Union européenne ou dans l'Espace économique européen avec convention fiscale, si elle est soumise à l'impôt sur les sociétés ou à un impôt équivalent, et si elle respecte des critères de taille qui diffèrent selon qu'elle est cotée ou non.

Type de sociétéCritères de tailleDepuis
Non cotéeMoins de 5 000 salariés ET chiffre d'affaires ≤ 1,5 Md€ ou total de bilan ≤ 2 Md€Loi PACTE
CotéeCapitalisation boursière inférieure à 2 Md€ sur l'un des quatre exercices précédentsLoi Attractivité du 14 juin 2024

Un détail technique décide pourtant de la validité de votre ligne, et il est presque toujours omis : l'éligibilité s'apprécie au regard de l'avant-dernier exercice comptable clos et publié précédant l'acquisition. Une société qui franchit le seuil de 2 Md€ de capitalisation ne vous oblige pas à vendre — les titres déjà détenus restent dans le plan — mais vous ne pouvez plus en acheter. Vérifiez l'éligibilité avant de passer l'ordre : une ligne non éligible logée dans un PEA-PME expose à la clôture du plan et à la perte de l'antériorité fiscale.

Enfin, 75 % au moins des titres du plan doivent être émis par des sociétés européennes éligibles : c'est une contrainte de composition, pas seulement de sélection ligne à ligne.

La fiscalité 2026 : 18,6 % après 5 ans, 31,4 % avant

Le PEA-PME suit exactement le régime du PEA classique, avec les taux 2026 issus de la hausse de CSG.

Moment du retraitImpôt sur le revenuPrélèvements sociauxTotalConséquence sur le plan
Avant 5 ans12,8 %18,6 %31,4 %Retrait = clôture du plan
Après 5 ans0 %18,6 %18,6 %Retraits partiels possibles, plan conservé
Cas PACTE avant 5 ans*0 %18,6 %18,6 %Selon le cas

* Licenciement, invalidité de 2e ou 3e catégorie, mise à la retraite anticipée, création ou reprise d'entreprise dans un délai de trois mois, liquidation judiciaire des sociétés détenues.

Déroulons l'exemple. Vous versez 20 000 € sur des small caps européennes éligibles. Huit ans plus tard, la ligne vaut 32 000 € : votre gain est de 12 000 €.

  • En PEA-PME (plan ouvert depuis plus de 5 ans) : 12 000 € × 18,6 % = 2 232 €. Il vous reste 9 768 € de gain net.
  • En compte-titres ordinaire : 12 000 € × 31,4 % = 3 768 €. Il vous reste 8 232 €.
  • Écart en votre faveur : 1 536 €, soit 12,8 % du gain.
L'essentiel : l'écart de 12,8 points correspond exactement à l'impôt sur le revenu supprimé. Il est appréciable, mais il ne s'applique que si vous gagnez. Sur un univers composé de petites capitalisations et de titres non cotés — c'est-à-dire l'essentiel du risque disponible en France —, cette condition n'a rien d'acquis.

Titres non cotés : la règle des 10 % que personne ne lit

Le PEA-PME est l'un des rares moyens de loger des titres non cotés dans une enveloppe fiscale. Mais l'exonération n'est pas totale : en application de l'article 157, 5° bis du Code général des impôts, les produits — essentiellement les dividendes — des placements en titres non cotés ne sont exonérés d'impôt sur le revenu que dans la limite de 10 % par an du montant de ces placements.

Concrètement : vous détenez pour 30 000 € de parts non cotées dans votre PEA-PME. Le plafond annuel d'exonération est de 3 000 € de dividendes. Si la société en distribue 5 000 €, les 3 000 premiers euros restent exonérés d'impôt sur le revenu dans le plan ; les 2 000 € excédentaires sont taxés dans les conditions de droit commun, soit 31,4 % en 2026 (12,8 % + 18,6 %) — 628 € d'impôt sur une distribution qu'on croyait défiscalisée.

Deux points à retenir : les plus-values ne sont pas concernées par ce plafond, qui ne vise que les revenus distribués ; et la règle ne s'applique qu'aux titres non cotés, donc jamais à une small cap d'Euronext Growth.

Le cas d'usage le plus solide : y loger du financement participatif

C'est l'usage le moins connu et, arithmétiquement, le plus rentable. Les obligations et minibons souscrits via une plateforme de financement participatif agréée sont éligibles au PEA-PME. Or, hors enveloppe, les intérêts de ces titres sont taxés au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % — et contrairement à une plus-value, cet impôt tombe chaque année, sur chaque coupon.

Prenons 10 000 € placés sur des obligations de financement participatif servant 9 % d'intérêts, soit 900 € de coupons annuels :

EnveloppeCoupon brut annuelImpôt annuelCoupon netRendement net
Hors enveloppe (PFU)900 €282,60 € (31,4 %)617,40 €6,17 %
En PEA-PME (après 5 ans)900 €167,40 € (18,6 %)732,60 €7,33 %

Soit 115,20 € de plus par an sur 10 000 €, à risque strictement identique — et, dans le plan, l'impôt n'est dû qu'au retrait, ce qui laisse les coupons se réinvestir. Attention toutefois : le rendement affiché du crowdfunding immobilier n'est pas le rendement perçu, les retards et défauts étant fréquents. Nous avons détaillé ce calcul complet dans notre analyse du crowdfunding immobilier à 9,2 %. Vérifiez aussi que votre teneur de compte accepte ces titres : beaucoup de banques refusent purement et simplement.

Les trois angles morts du PEA-PME

  1. Les moins-values sont piégées. Dans un compte-titres, une perte de 8 000 € constitue un actif fiscal : elle s'impute sur vos plus-values mobilières pendant dix ans, soit jusqu'à 2 512 € d'impôt évité (8 000 € × 31,4 %). Dans un PEA-PME, elle n'est imputable qu'en cas de clôture du plan — c'est-à-dire en renonçant à l'antériorité fiscale. L'arbitrage n'est donc pas « +1 536 € si ça marche » contre « 0 € sinon », mais « +1 536 € si ça marche » contre « jusqu'à −2 512 € d'actif fiscal perdu si ça ne marche pas ».
  2. La liquidité n'est pas garantie. Small caps peu échangées, titres non cotés sans marché secondaire, obligations de crowdfunding non revendables avant l'échéance : sortir peut prendre des mois, ou imposer une décote. Un plan fiscalement optimal mais illiquide reste illiquide.
  3. Sans ETF, vous êtes un stock picker. L'absence de produit indiciel vous laisse le choix entre sélectionner vous-même des small caps, ou payer un fonds actif dont les frais — souvent 1,5 % à 2 % par an — consomment une bonne partie des 12,8 points d'impôt économisés. Ce calcul-là doit être fait avant d'ouvrir.

Pour qui le PEA-PME vaut le coup en 2026

Oui, si :

  • votre PEA classique est plein ou en voie de l'être, et vous cherchez une enveloppe à 18,6 % plutôt qu'un compte-titres à 31,4 % ;
  • vous investissez déjà en obligations de financement participatif : c'est le gain le plus net et le plus mécanique, puisqu'il porte sur des coupons annuels ;
  • vous détenez ou allez souscrire des titres non cotés de PME européennes, en gardant en tête le plafond de 10 % sur les dividendes ;
  • vous avez une conviction assumée sur les petites capitalisations européennes et l'horizon — plus de cinq ans — qui va avec.

Non, si :

  • votre PEA n'est pas saturé : chaque euro doit y aller d'abord, avec le même taux de 18,6 % et un univers bien plus large ;
  • vous cherchez une solution indicielle passive : elle n'existe pas dans cette enveloppe ;
  • vous pourriez avoir besoin des fonds avant cinq ans : le retrait entraîne la clôture et ramène la fiscalité à 31,4 % ;
  • vous comptez sur un fonds actif chargé en frais pour faire le travail : l'avantage fiscal risque de n'être qu'un transfert vers la société de gestion.

Un dernier réflexe, gratuit : ouvrir un PEA-PME avec un versement symbolique fait courir le compteur des cinq ans. Si l'un des cas d'usage ci-dessus vous concerne un jour, l'antériorité sera déjà acquise.

Sources et avertissement

Article éditorial à visée informative, ne constitue pas un conseil en investissement ni une consultation fiscale. L'investissement en petites capitalisations, en titres non cotés et en financement participatif comporte un risque élevé de perte en capital et un risque d'illiquidité. Les exemples chiffrés sont des illustrations arithmétiques fondées sur les règles en vigueur à la date de publication.