Partir à l'étranger ne ferme plus votre PEA — mais le gèle

C'est l'une des questions les plus mal renseignées de l'épargne française : que devient un PEA quand on quitte le territoire ? La réponse tient en deux temps, et les deux comptent. Depuis la loi PACTE (loi n° 2019-486), le transfert de votre domicile fiscal hors de France n'entraîne plus la clôture du plan : l'antériorité fiscale est conservée, les titres restent en place, le cadre fiscal du PEA continue de courir.

En revanche, votre plan entre en hibernation : vous ne pouvez plus y verser un euro tant que vous êtes non-résident. Et un cas, un seul, provoque encore la clôture immédiate. Voici le dossier complet — ce que dit le texte, ce que coûte un retrait, pourquoi le PEA est l'enveloppe la mieux protégée face à l'exit tax, et ce qu'il faut faire dans les semaines qui précèdent le départ.

L'essentiel : le PEA survit à l'expatriation, sauf départ vers un État ou territoire non coopératif (ETNC). Les retraits d'un non-résident sont hors du champ de l'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux français — sur 20 000 € de gains, ce sont 3 720 € de prélèvements sociaux évités par rapport à un résident. Point encore plus méconnu : les titres logés dans un PEA sont exclus de l'assiette de l'exit tax tant qu'ils y restent.

Ce que dit exactement la règle depuis la loi PACTE

Avant 2019, le transfert du domicile fiscal hors de France entraînait la clôture du PEA. La loi PACTE a inscrit dans le code monétaire et financier le principe inverse : le plan est maintenu, avec trois conséquences pratiques.

  • L'antériorité fiscale continue de courir. Un PEA ouvert en 2023 aura bien cinq ans en 2028, que vous viviez à Lisbonne, Montréal ou Singapour.
  • Les arbitrages restent possibles à l'intérieur du plan. Vous pouvez vendre une ligne pour en acheter une autre sans fiscalité, exactement comme un résident.
  • Le plafond reste le vôtre. Il ne se recharge pas, mais il n'est pas perdu : il redeviendra utilisable le jour où vous retrouverez la résidence fiscale française.

Le seul événement qui referme le plan est le départ vers un État ou territoire non coopératif, au sens de la liste fixée par arrêté et mise à jour périodiquement par l'administration. Dans ce cas, le PEA est clôturé d'office et le gain net subit les prélèvements sociaux (17,2 %) et l'impôt sur le revenu au taux de 12,8 % si le plan a moins de cinq ans, 0 % au-delà. Vérifiez impérativement la liste en vigueur avant un départ vers une destination exotique : elle bouge d'une année sur l'autre.

Le vrai piège : plus aucun versement possible

C'est la conséquence que presque personne n'anticipe, et elle est structurante : un non-résident ne peut plus alimenter son PEA. Le plan continue de vivre — les titres travaillent, les dividendes se réinvestissent, l'antériorité progresse — mais l'enveloppe est fermée aux versements nouveaux jusqu'à un éventuel retour en France comme résident fiscal.

Cette règle transforme la préparation du départ en exercice d'optimisation. Si vous partez avec 40 000 € de versements sur un plafond de 150 000 €, ces 110 000 € de capacité restante sont gelés pour toute la durée de votre expatriation. Deux réflexes s'imposent :

  1. Charger le PEA avant de partir, dans la limite de ce que votre trésorerie permet et de votre tolérance au risque. Chaque euro versé avant le départ profitera du cadre fiscal du plan pendant toute l'expatriation ; chaque euro versé après devra aller ailleurs.
  2. Ouvrir un PEA même vide si vous n'en avez pas, avant le déménagement. Un versement de 100 € suffit à faire démarrer le compteur des cinq ans — le jour de votre retour, vous retrouverez un plan mature au lieu d'un plan à créer.

Attention à la symétrie : un retrait avant cinq ans entraîne toujours la clôture du plan. Et si la règle qui autorise à re-verser après un retrait partiel s'applique bien aux plans de plus de cinq ans, elle suppose d'être résident fiscal français au moment où l'on veut re-verser. Pour un expatrié, un retrait est donc, en pratique, une décision à sens unique.

Ce que coûte un retrait quand on est non-résident

Sur le plan français, la réponse est nette : le gain net réalisé par un non-résident lors d'un retrait ou d'une clôture de PEA est hors du champ de l'impôt sur le revenu et hors du champ des prélèvements sociaux français. Ce n'est pas une exonération de faveur, c'est une question de territorialité : la France n'impose pas les plus-values mobilières des non-résidents (hors participations substantielles).

Exemple chiffré. Votre PEA vaut 60 000 €, dont 20 000 € de gains, et vous retirez la totalité après six ans de détention :

  1. Si vous êtes résident français : l'impôt sur le revenu est nul (plan de plus de cinq ans), mais les prélèvements sociaux s'appliquent aux gains au taux de 18,6 % en 2026 → 20 000 × 18,6 % = 3 720 €. Vous encaissez 56 280 €.
  2. Si vous êtes non-résident : ni impôt sur le revenu français, ni prélèvements sociaux français → 0 € prélevé en France. Vous encaissez 60 000 € côté français.
  3. Mais votre pays de résidence reprend la main. Le PEA est une enveloppe purement française : la quasi-totalité des États étrangers l'ignorent et taxent la plus-value selon leur propre droit interne, sous réserve de la convention fiscale signée avec la France.

Autrement dit : l'avantage de 3 720 € n'est réel que si votre pays de résidence taxe moins que 18,6 % — ce qui est loin d'être garanti. Certains États imposent les plus-values mobilières à des taux nettement supérieurs, d'autres les exonèrent sous conditions de durée. La seule démarche fiable est de lire la convention fiscale France–pays de résidence avant tout retrait, et d'arbitrer le calendrier en conséquence. Un retrait décalé de quelques mois, après avoir changé de statut fiscal, peut représenter plusieurs milliers d'euros.

Exit tax : pourquoi le PEA est votre meilleure protection

L'exit tax de l'article 167 bis du CGI frappe les plus-values latentes — celles que vous n'avez pas encore réalisées — au moment où vous transférez votre domicile fiscal hors de France. Elle concerne les contribuables ayant été résidents fiscaux français au moins six des dix années précédant le départ, et dont les titres représentent au moins 800 000 €, ou au moins 50 % des bénéfices sociaux d'une société.

Le point capital pour un épargnant : les titres détenus dans un PEA sont exclus de l'assiette de l'exit tax tant qu'ils restent inscrits dans le plan, au titre de la neutralité fiscale qui caractérise cette enveloppe. Un portefeuille de 300 000 € logé en PEA ne compte donc pas pour le franchissement du seuil de 800 000 €, contrairement au même portefeuille détenu en compte-titres.

Paramètre 2026Règle applicable
Seuil de déclenchement800 000 € de titres, ou 50 % des bénéfices d'une société
Condition de résidenceRésident fiscal français 6 ans sur les 10 précédant le départ
Taux d'imposition31,4 % (12,8 % d'IR + 18,6 % de prélèvements sociaux depuis le 1er janvier 2026)
Sursis de paiementAutomatique vers l'UE, l'EEE ou un État suffisamment coopératif ; sur option ailleurs, avec représentant fiscal et garanties
Dégrèvement (l'impôt s'efface)Au bout de 2 ans si les participations valent moins de 2 570 000 € ; 5 ans au-delà
Titres logés dans un PEAHors assiette tant qu'ils restent dans le plan

Une précision utile pour 2026 : un amendement adopté à l'Assemblée nationale le 3 novembre 2025 proposait de porter le délai de dégrèvement de 2 à 15 ans, ressuscitant l'exit tax « version longue » d'avant 2019. Cet amendement n'a pas été retenu dans le texte définitif de la loi de finances pour 2026, adoptée par 49.3 le 23 janvier 2026 et promulguée le 19 février 2026. Les délais de 2 et 5 ans restent donc en vigueur — mais le sujet revient à chaque budget, ce qui plaide pour ne pas différer indéfiniment un projet de départ déjà mûr.

Le risque le plus concret n'est pas fiscal, il est bancaire

La loi autorise le maintien du plan ; votre établissement, lui, n'est pas obligé de vous garder comme client. C'est en pratique le premier obstacle rencontré par les expatriés : de nombreuses banques de détail et certains courtiers refusent les clients non-résidents, pour des raisons de conformité réglementaire — obligations déclaratives, contraintes locales, coût du suivi.

Les conséquences vont du désagrément au blocage : refus de mise à jour du dossier, gel des ordres, clôture du compte courant associé, voire demande de transfert du PEA sous préavis. Trois précautions avant le départ :

  • Écrivez à votre établissement pour lui demander confirmation écrite qu'il conserve les non-résidents, en précisant votre pays de destination. Certaines destinations sont refusées alors que d'autres passent sans difficulté chez le même acteur.
  • Anticipez un transfert plutôt que subir une clôture. Le transfert d'un PEA vers un autre établissement conserve l'antériorité fiscale ; une clôture la détruit. Les frais de transfert sont plafonnés et se négocient.
  • Conservez une adresse et un compte bancaire français fonctionnels le temps de la transition : beaucoup de procédures internes s'en accommodent mal, mais elles s'en accommodent encore moins d'un dossier incomplet.

Pour les mécanismes de base du plan — plafonds, retraits, transfert entre établissements —, notre guide du PEA reprend le fonctionnement dans le détail.

PEA, assurance-vie, compte-titres : lequel supporte le mieux l'expatriation ?

PEAAssurance-vieCompte-titres
Survit au départ ?Oui, sauf ETNCOuiOui
Versements possibles depuis l'étrangerNonOui, en généralOui, si l'établissement l'accepte
Plus-values imposées en France pour un non-résidentNonSelon la convention fiscaleNon (hors participation substantielle)
Compte dans l'assiette de l'exit taxNon, tant que les titres restent dans le planNon (ce n'est pas une détention directe de titres)Oui
Point de vigilance principalGel des versementsAcceptation du contrat par l'assureur selon le paysContribue au seuil de 800 000 €

Lecture : le PEA est l'enveloppe la plus protectrice sur le plan fiscal — il neutralise l'exit tax et échappe à l'imposition française au retrait — mais la moins souple sur le plan pratique, puisqu'il se ferme aux versements. L'assurance-vie occupe la position inverse : plus souple à alimenter, plus dépendante de la convention fiscale et de la politique de l'assureur selon votre pays de résidence.

À retenir : la bonne architecture pour un futur expatrié est séquentielle. On remplit le PEA avant de partir (il sera gelé), on garde l'assurance-vie comme véhicule d'accumulation pendant l'expatriation (elle reste alimentable), et on surveille le compte-titres, seule enveloppe qui compte dans le seuil de 800 000 € de l'exit tax.

La check-list des six mois avant le départ

  1. Ouvrez un PEA si vous n'en avez pas, même avec 100 €, pour lancer le compteur des cinq ans avant de perdre la résidence fiscale française.
  2. Versez ce que vous pouvez sur le plan existant : après le départ, le plafond restant sera gelé pour toute la durée de l'expatriation.
  3. Vérifiez si votre destination figure sur la liste des ETNC : c'est le seul cas de clôture automatique, avec 17,2 % de prélèvements sociaux à la clé.
  4. Faites le total de vos titres détenus en direct et en compte-titres : au-delà de 800 000 €, l'exit tax s'applique et une déclaration spécifique devient obligatoire l'année du départ.
  5. Obtenez par écrit la position de votre banque sur les clients non-résidents, et organisez un transfert plutôt qu'une clôture si la réponse est négative.
  6. Lisez la convention fiscale entre la France et votre pays d'accueil sur le traitement des plus-values mobilières : c'est elle, et non le droit français, qui déterminera le coût réel de vos futurs retraits.

Enfin, un principe qui vaut pour toute expatriation : la résidence fiscale ne se choisit pas, elle se constate, sur la base de critères objectifs (foyer, séjour principal, activité professionnelle, centre des intérêts économiques). Un départ mal documenté qui laisse subsister le foyer en France peut être requalifié — et faire tomber tout le raisonnement de cet article. Conservez les preuves de votre installation effective.

Sources et avertissement

Article éditorial à visée informative, ne constitue pas un conseil en investissement ni un conseil fiscal. La fiscalité des non-résidents dépend de la convention fiscale conclue entre la France et votre pays de résidence, ainsi que du droit interne de ce pays : les règles décrites ici ne couvrent que le volet français, en vigueur en 2026. Toute expatriation patrimoniale significative justifie l'accompagnement d'un avocat fiscaliste ou d'un conseil spécialisé.