Ce que le gouvernement Lecornu a annoncé sur les APL

Le 17 septembre 2026, Sébastien Lecornu a présenté les grandes lignes du budget 2027 : un effort d'environ 54 milliards d'euros pour ramener le déficit public entre 4,8 % et 5 % du PIB, contre 6,5 % sans mesures. Parmi les économies citées figuraient les aides personnelles au logement. Deux jours plus tard, le 19 septembre sur franceinfo, le ministre de la Ville et du Logement, Vincent Jeanbrun, a précisé la mesure : « On ne va évidemment pas les diminuer. En revanche, elles ne seront pas revalorisées l'année prochaine. » Il parle d'une économie « substantielle » et assume de « demander un petit effort à tout le monde ».

Concrètement, le gel vise la revalorisation annuelle du 1er octobre 2027. Il concernerait les trois aides versées par la CAF et la MSA : l'APL (aide personnalisée au logement), l'ALF (allocation de logement familiale) et l'ALS (allocation de logement sociale, celle de nombreux étudiants). Le ministre veut redéployer une partie des marges vers l'accession à la propriété.

L'essentiel : les APL ne baissent pas en euros, mais elles cesseraient de suivre l'indice de référence des loyers (IRL) pendant un an, d'octobre 2027 à septembre 2028. C'est un projet : il doit figurer dans le projet de loi de finances (PLF) présenté en Conseil des ministres le 30 septembre 2026, puis être voté par le Parlement.

Un projet encore soumis au vote du Parlement

Rien n'est acquis. Les APL sont normalement revalorisées chaque 1er octobre selon l'IRL du 2e trimestre : pour les geler, le gouvernement doit faire adopter une disposition dérogatoire dans la loi de finances. Le PLF 2027 et le PLFSS seront présentés en Conseil des ministres le 30 septembre 2026, puis débattus à l'Assemblée et au Sénat jusqu'en décembre. Sébastien Lecornu a promis de ne pas recourir au 49.3, ce qui laisse aux députés une vraie capacité d'amender la mesure.

Le précédent récent invite à la prudence. Le PLF 2026 prévoyait déjà, dans son article 67, une « stabilisation » des APL, c'est-à-dire aucune revalorisation en 2026. Adoptée au Sénat, elle a été retirée du texte final, et les aides ont bien été revalorisées. Seul le volet visant les étudiants étrangers a survécu : depuis le 1er juillet 2026, les étudiants hors UE, EEE et Suisse qui ne sont pas boursiers sur critères sociaux n'ont plus droit à l'APL.

  • 1er octobre 2026 : revalorisation de +1,15 % (IRL du 2e trimestre 2026 à 148,37), confirmée par Service-Public. Elle arrivera sur le versement du 5 novembre 2026.
  • 30 septembre 2026 : présentation du PLF 2027, avec le gel des APL attendu dans le texte.
  • Octobre–décembre 2026 : débats parlementaires, avec possibles amendements ou suppression de la mesure.
  • 1er octobre 2027 : date où le gel s'appliquerait s'il est voté.

Qui est concerné et combien l'État économiserait

Selon la DREES, 5,87 millions de ménages touchaient une aide au logement fin 2023, soit environ 11,2 millions de personnes (16 % de la population). Le montant moyen tournait autour de 220 € par mois par ménage (226 € selon la DREES pour 2023, 219 € selon la Cour des comptes). Le coût total des trois aides atteignait 15,6 milliards d'euros en 2023.

Le gouvernement n'a encore publié aucun chiffrage officiel pour 2027. L'étude d'impact du PLF 2026 avait évalué une mesure comparable à environ 0,1 milliard d'euros la première année, puis 0,2 milliard par an en 2027 et 2028. Ordre de grandeur : 1 point d'IRL non versé sur 15,6 milliards représente environ 150 millions d'euros en année pleine. Comme le gel démarre en octobre, seul un trimestre pèse sur le budget 2027. L'essentiel de l'économie arrivera en 2028. Ce calcul est une estimation NokxiHub, pas un chiffre gouvernemental.

Attention à une idée reçue : une revalorisation de 1,15 % ne donne pas automatiquement +1,15 % sur votre aide. L'IRL revalorise les paramètres du barème, notamment les loyers plafonds et le forfait de charges. Le montant final dépend ensuite de vos ressources, de la zone, de la composition du foyer et du loyer retenu. Dans les exemples qui suivent, on suppose par simplicité que l'aide évolue comme l'IRL.

Combien perd concrètement un allocataire : calcul pas à pas

Pour mesurer la perte, il faut connaître l'IRL du 2e trimestre 2027, qui sera publié en juillet 2027. Il est inconnu aujourd'hui. L'IRL suit la moyenne sur 12 mois des prix hors tabac et hors loyers. Or l'inflation est remontée à 2,4 % sur un an en août 2026 selon l'Insee, sous l'effet de l'énergie (+16,7 %). Nous retenons donc une hypothèse centrale d'IRL à +2 %, avec des variantes à 1,5 % et 2,5 %.

Exemple 1 : étudiant avec 250 € d'APL par mois et un loyer de 550 €

  1. Au 1er octobre 2026, l'aide passe à environ 250 × 1,0115 = 252,88 €.
  2. Sans gel en octobre 2027, avec un IRL à +2 %, elle serait passée à 252,88 × 1,02 = 257,94 €.
  3. Avec le gel, elle reste à 252,88 €. Le manque à gagner est de 5,06 € par mois, soit environ 61 € sur 12 mois.
  4. Si le bailleur applique la révision annuelle à l'IRL, le loyer passe de 550 € à 561 € (+11 €).
  5. Le reste à charge passe de 297,12 € (550 − 252,88) à 308,12 € (561 − 252,88), soit +11 € par mois (+3,7 %), au lieu de +5,94 € si l'aide avait suivi.

Exemple 2 : famille avec 350 € d'APL et un loyer de 850 €

Après octobre 2026, l'aide monte à 354,03 €. Sans gel, elle atteindrait 361,11 € en octobre 2027. La perte serait donc de 7,08 € par mois, soit environ 85 € par an. Dans le même temps, un loyer indexé gagnerait 17 €.

APL mensuelle (après oct. 2026) IRL 2027 à +1,5 % IRL 2027 à +2 % (central) IRL 2027 à +2,5 %
150 €2,25 €/mois · 27 €/an3,00 €/mois · 36 €/an3,75 €/mois · 45 €/an
220 € (moyenne)3,30 €/mois · 40 €/an4,40 €/mois · 53 €/an5,50 €/mois · 66 €/an
252,88 € (étudiant)3,79 €/mois · 46 €/an5,06 €/mois · 61 €/an6,32 €/mois · 76 €/an
354 € (famille)5,31 €/mois · 64 €/an7,08 €/mois · 85 €/an8,85 €/mois · 106 €/an

Le montant paraît modeste, mais un gel n'est jamais rattrapé : les revalorisations suivantes repartent du niveau gelé. Pour suivre l'évolution des prix, consultez notre observatoire de l'inflation en France.

L'essentiel : avec un IRL à +2 %, le gel coûterait environ 50 à 85 € par an à un allocataire typique. Surtout, cette perte ne serait jamais rattrapée. Pour un locataire du parc privé dont le loyer est révisé chaque année, le reste à charge progresserait à peu près deux fois plus vite que si l'aide avait suivi l'IRL.

2017, 2018, 2019 : la mémoire des coups de rabot

Ce n'est pas le premier gel : depuis 2017, les aides au logement servent régulièrement de variable d'ajustement budgétaire.

DateMesureEffet pour l'allocataire
1er octobre 2017Baisse uniforme de 5 € par mois−60 € par an pour tous
1er octobre 2018Gel total (loi de finances 2018)0 % alors que l'IRL progressait de 1,25 %
Octobre 2019 et 2020Sous-indexation à 0,3 %Hausse inférieure à l'inflation
2026 (PLF)Gel proposé puis retiré ; APL supprimée pour les étudiants hors UE non boursiers (1er juillet 2026)Revalorisation maintenue (+1,15 %)
1er octobre 2027 (projet)Gel annoncé le 19 septembre 20260 % au lieu de l'IRL du 2e trimestre 2027

Contrairement à 2017, le montant ne baisserait pas : comme en 2018, le gel agit par érosion, peu visible sur un relevé CAF mais durable.

Propriétaires bailleurs : ce que le gel change pour vos loyers

Pour un bailleur, le gel ne change ni le loyer ni son droit de le réviser. La clause d'indexation du bail reste applicable chaque année sur l'IRL, dans la limite de l'encadrement là où il existe (voir notre point sur les loyers, l'encadrement et la révision IRL). Le risque vient du locataire : si son loyer augmente et que son aide ne bouge pas, son reste à charge progresse plus vite que ses revenus.

  • Tiers payant : si vous touchez l'APL directement de la CAF, le montant versé restera figé à partir d'octobre 2027. La part payée par le locataire augmentera à chaque révision de loyer.
  • Impayés : en cas d'impayé, le bailleur doit le signaler à la CAF, qui peut maintenir l'aide si un plan d'apurement est mis en place. Un signalement précoce protège aussi le bailleur.
  • Arbitrage de la révision : pour un locataire fragile et fiable, renoncer à une révision de 10 à 15 € peut coûter moins cher qu'un impayé ou une vacance locative.
  • Garanties : pour un nouveau bail étudiant ou jeune actif, la garantie Visale d'Action Logement ou une assurance loyers impayés limitent le risque.

Des travaux de la Banque de France montrent qu'une partie des hausses d'aides finit dans les loyers : un gel pourrait freiner marginalement les loyers des petites surfaces étudiantes. Les autres volets du budget 2027 sont détaillés dans notre décryptage du budget Lecornu.

Ce qu'il faut faire dès maintenant

Le gel n'interviendrait qu'en octobre 2027 : un an pour s'organiser, en commençant par ce qui dépend de vous.

  1. Vérifiez le versement du 5 novembre 2026 : il doit intégrer la revalorisation de 1,15 %. En cas d'écart, demandez le détail du calcul sur caf.fr.
  2. Déclarez vos changements rapidement (baisse de revenus, naissance, séparation, déménagement) : l'aide est recalculée chaque trimestre sur les 12 derniers mois de ressources.
  3. Refaites une simulation CAF avant de signer un nouveau bail : au-delà du loyer plafond de votre zone, chaque euro de loyer supplémentaire est entièrement à votre charge.
  4. Mobilisez les autres aides : Fonds de solidarité logement (FSL) du département, Visale, aides d'Action Logement pour les alternants et les salariés en mobilité.
  5. Suivez le débat parlementaire : comme en 2026, la mesure peut être amendée ou retirée d'ici décembre.

Côté bailleur, prévoyez un budget prudent pour 2027-2028 en intégrant un risque d'impayé légèrement plus élevé chez les locataires allocataires. Vérifiez aussi que la clause de révision de votre bail est correctement rédigée : sans clause, aucune indexation n'est possible.