PEA ou PER : la réponse dépend de votre tranche avant et après la retraite
PEA ou PER : le PER l'emporte si votre tranche d'impôt baisse à la retraite, le PEA sinon. Pour 3 000 € d'effort annuel sur 25 ans, un salarié imposé à 30 % qui passe à 11 % à la retraite récupère 158 775 € nets avec le PER, contre 136 327 € avec le PEA : 22 448 € d'écart.
Le mécanisme tient en une phrase. Le PER vous fait économiser de l'impôt à l'entrée, au taux de votre tranche marginale (TMI), mais taxe la sortie : les versements au barème, les gains à 31,4 %. Le PEA n'offre rien à l'entrée mais ne prélève que 18,6 % de prélèvements sociaux sur les gains après cinq ans. Tout se joue donc sur l'écart entre votre TMI d'actif et votre TMI de retraité, puis sur les frais et sur votre besoin de disponibilité.
PEA et PER : les règles qui font la différence en 2026
Les deux enveloppes peuvent loger les mêmes ETF actions. Ce sont leurs règles fiscales et de disponibilité qui les opposent.
| Critère | PEA | PER individuel |
|---|---|---|
| Plafond de versement | 150 000 € | Aucun, mais déduction plafonnée (10 % des revenus, 38 448 € au plus pour les versements de 2027) |
| Avantage à l'entrée | Aucun | Versements déductibles du revenu imposable, avant 70 ans |
| Disponibilité | Retraits libres après 5 ans, sans clôture | Bloqué jusqu'à la retraite, sauf achat de la résidence principale et accidents de la vie |
| Fiscalité des gains à la sortie | 18,6 % de prélèvements sociaux après 5 ans | 31,4 % (12,8 % d'impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux), ou barème sur option |
| Fiscalité des versements à la sortie | Aucune | Barème de l'impôt sur le revenu, sans abattement de 10 % en capital |
| Sortie en rente | Rente viagère exonérée d'impôt, prélèvements sociaux sur une fraction | Imposée comme une pension, avec abattement de 10 % |
| Frais | Plafonnés par décret (0,5 % par ordre en ligne) | Libres : 0,91 % par an en moyenne sur les unités de compte |
| Décès | Clôture, valeur intégrée à la succession | PER assurance : régime de l'assurance-vie (152 500 € d'abattement par bénéficiaire avant 70 ans) |
Les deux produits ont trouvé leur public : la Banque de France recensait 7,29 millions de PEA fin 2025, et la direction générale du Trésor 12,9 millions de titulaires de PER, pour 150,4 milliards d'euros d'encours, dont 88,5 milliards sur les PER individuels.
Combien pouvez-vous déduire avec un PER en 2026 et en 2027 ?
Le plafond de déduction vaut 10 % de vos revenus d'activité de l'année précédente, nets de frais professionnels, avec un plancher et un maximum calés sur le plafond de la Sécurité sociale (PASS) de l'année précédente.
- Versements de 2026 : plancher de 4 710 €, maximum de 37 680 € (PASS 2025).
- Versements de 2027 : plancher de 4 806 €, maximum de 38 448 € (PASS 2026 de 48 060 €).
- Report : les plafonds non utilisés à partir de 2026 restent disponibles cinq ans (la loi de finances pour 2026 a remplacé « trois » par « cinq » à l'article 163 quatervicies du CGI), ceux de 2024 et 2025 seulement trois ans.
- Couple : les époux et pacsés peuvent mutualiser leurs plafonds.
- Âge : depuis le 1er janvier 2026, les versements effectués à partir de 70 ans ne sont plus déductibles.
L'économie d'impôt est égale au versement multiplié par votre TMI. Un versement de 4 286 € rapporte 1 286 € à 30 % de TMI, 1 757 € à 41 %, mais seulement 471 € à 11 %. Pour connaître votre tranche exacte, utilisez notre simulateur d'impôt sur le revenu 2026.
Notre méthode : même effort d'épargne, même ETF
Comparer 3 000 € versés sur un PEA à 3 000 € versés sur un PER serait injuste : le second ne vous coûte que 2 100 € si votre TMI est de 30 %. Nous comparons donc à effort net égal, en supposant que l'économie d'impôt est elle-même versée sur le PER. Hypothèses :
- Effort net de 3 000 € par an (250 € par mois), en début d'année, pendant 25 ans, de 40 à 65 ans.
- Même ETF actions monde dans les deux enveloppes, rapportant 5 % par an net de ses propres frais.
- PEA chez un courtier en ligne, frais négligeables : 5 % par an.
- PER en ligne peu chargé : 0,5 % de frais de gestion annuels, soit 4,5 % par an. Nous testons aussi la moyenne de marché de 0,91 %.
- Sortie en capital à 65 ans, fractionnée sur plusieurs années pour que les versements soient taxés à votre TMI de retraité.
- Fiscalité de 2026 maintenue : 18,6 % de prélèvements sociaux, prélèvement forfaitaire de 31,4 %.
Ces hypothèses sont volontairement simples. Un rendement de 5 % n'est pas garanti : les actions peuvent perdre 30 % ou plus sur une année, et l'écart entre PEA et PER grossit avec le rendement comme avec la durée.
Le calcul pas à pas : TMI de 30 %, puis 11 % à la retraite
Prenons Julie, 40 ans, imposée à 30 %, qui prévoit une pension la plaçant dans la tranche à 11 %.
Côté PEA. Julie verse 3 000 € par an. Au bout de 25 ans, le plan vaut 150 340 €, pour 75 000 € versés et 75 340 € de gains. Elle paie 18,6 % de prélèvements sociaux sur les gains, soit 14 013 €. Elle encaisse 136 327 €.
Côté PER. Pour un coût net de 3 000 €, Julie peut verser 4 286 € par an : 3 000 € de sa poche et 1 286 € d'économie d'impôt réinvestie. À 4,5 % par an, le PER vaut 199 588 € à 65 ans, dont 107 143 € de versements et 92 446 € de gains.
- Impôt sur les versements, au barème à 11 % : 107 143 × 11 % = 11 786 €.
- Prélèvement forfaitaire sur les gains : 92 446 × 31,4 % = 29 028 €.
- Capital net : 199 588 − 11 786 − 29 028 = 158 775 €.
Le PER rapporte 22 448 € de plus, soit environ 16 % de capital net supplémentaire. Si Julie restait à 30 % à la retraite, l'impôt sur les versements monterait à 32 143 € et son capital net tomberait à 138 418 €, à peine 2 091 € de mieux que le PEA, pour une épargne bloquée 25 ans.
PEA ou PER : les résultats pour neuf profils
Le tableau donne l'écart de capital net entre le PER et le PEA (136 327 € dans tous les cas). Un chiffre positif signifie que le PER gagne.
| TMI pendant la vie active | TMI à la retraite : 11 % | TMI à la retraite : 30 % | TMI à la retraite : 41 % |
|---|---|---|---|
| 11 % (versement PER de 3 371 €/an) | −11 448 € | −27 459 € | −36 729 € |
| 30 % (versement PER de 4 286 €/an) | +22 448 € | +2 091 € | −9 695 € |
| 41 % (versement PER de 5 085 €/an) | +52 050 € | +27 897 € | +13 914 € |
Trois enseignements. D'abord, à TMI égale avant et après, le PER ne gagne presque rien à 30 % et perd à 11 % : la déduction est reprise à la sortie, et les gains supportent 31,4 % au lieu de 18,6 %. Ensuite, la hausse de tranche est le pire scénario : un épargnant à 11 % qui serait imposé à 30 % à la retraite perd 27 459 €. Enfin, à 41 % de TMI, la déduction est si forte qu'elle compense même une sortie à 41 %.
Les frais du PER peuvent renverser le verdict
Notre scénario de base suppose un PER à 0,5 % de frais annuels. Or l'Observatoire des produits d'épargne financière (rapport 2026, données 2025) relève des frais bien plus élevés en moyenne :
| Poste de frais (moyenne 2025) | Montant |
|---|---|
| PER individuel : frais de gestion sur unités de compte | 0,91 % par an (0,89 % en gestion libre) |
| PER individuel : frais sur versements en unités de compte | 1,51 % (1,22 % en gestion libre) |
| Coût récurrent moyen des fonds en unités de compte | 1,60 % par an (0,29 % pour les ETF actions) |
| PEA de 10 000 € sur plateforme en ligne : courtage | 0,29 % |
| PEA de 10 000 € sur plateforme en ligne : garde et tenue de compte | 0,09 % |
Avec 0,91 % de frais de gestion au lieu de 0,5 %, le capital net du PER de Julie (30 % puis 11 %) passe de 158 775 € à 150 860 €. L'avantage sur le PEA fond de 22 448 € à 14 533 €. Et à TMI de 30 % maintenue à la retraite, le PER devient perdant de 5 824 €. Les frais du PEA sont, eux, plafonnés par le décret n° 2020-95 : 0,5 % par ordre passé en ligne, 0,4 % par an de droits de garde plus 5 € par ligne, 150 € au plus pour un transfert. Avant d'ouvrir un PER, vérifiez qu'il donne accès à des ETF, sans frais sur versements, avec des frais de gestion proches de 0,5 %.
À la retraite : sortir en capital, en rente ou en plusieurs fois
La sortie en capital du PER se fait en une ou plusieurs fois. Sortir 107 143 € de versements la même année ferait grimper votre revenu imposable et l'essentiel serait taxé à 30 % ou 41 %, même avec une petite pension. Le fractionnement est donc la règle : en étalant les rachats sur cinq à dix ans, vous gardez la part imposable dans votre tranche habituelle. Les gains, eux, restent taxés à 31,4 % quel que soit le rythme, sauf option pour le barème si votre TMI est de 0 ou 11 %.
La sortie en rente suit d'autres règles. La part issue des versements déduits est imposée comme une pension, avec l'abattement de 10 % plafonné à 4 439 € par foyer ; une fraction de la rente, qui dépend de votre âge au premier versement, supporte les prélèvements sociaux. Côté PEA, un plan de plus de cinq ans peut aussi se dénouer en rente viagère, exonérée d'impôt sur le revenu, les prélèvements sociaux ne portant que sur une fraction de la rente. Pour estimer le capital qu'il vous faudrait, notre article sur le complément de retraite de 500 € par mois donne les montants selon votre âge.
Disponibilité : le PER bloqué jusqu'à la retraite, le PEA libre après cinq ans
C'est l'argument qui fait souvent pencher pour le PEA. Après cinq ans, vous pouvez y retirer une partie de votre épargne sans clôturer le plan et continuer à verser. Le PER reste bloqué jusqu'à la liquidation de votre retraite, à quelques exceptions près :
- Accidents de la vie (décès du conjoint, invalidité, surendettement, fin de droits au chômage, liquidation judiciaire) : déblocage sans impôt sur le revenu, prélèvements sociaux sur les gains seulement.
- Achat de la résidence principale : possible, mais imposé comme une sortie à la retraite. Les versements déduits passent au barème sans abattement et les gains au prélèvement forfaitaire, au moment où vos revenus d'actif vous placent souvent dans une tranche élevée.
Un PER acheté pour financer un futur apport immobilier est donc rarement une bonne idée : vous rendez l'impôt économisé, et vous payez 31,4 % sur les gains. Le PEA, plus souple, remplit mieux ce rôle, comme l'explique notre guide complet du PEA.
Transmission : l'avantage méconnu du PER assurance
Au décès, le PEA est clôturé : les gains échappent à l'impôt sur le revenu, mais les prélèvements sociaux sont prélevés et la valeur du plan entre dans la succession, taxée au barème des droits de succession après abattement (100 000 € par enfant). Le PER prend deux formes. Le PER bancaire (compte-titres) suit la même logique successorale. Le PER assurance suit le régime de l'assurance-vie :
- décès avant 70 ans : 152 500 € d'abattement par bénéficiaire, puis 20 % jusqu'à 700 000 € et 31,25 % au-delà ;
- décès après 70 ans : droits de succession après un abattement global de 30 500 €, appliqués au montant total du PER, gains compris.
Pour un épargnant qui veut aussi protéger un conjoint non marié ou transmettre au-delà des abattements familiaux, le PER assurance ajoute donc un levier que le PEA n'a pas.
Budget 2027 : ce qui pourrait changer pour le PEA et le PER
Le projet de loi de finances pour 2027, déposé le 1er octobre 2026, ne touche ni au PEA ni à la déduction du PER. Trois points méritent pourtant votre attention :
- Abattement des pensions : l'article 3 du projet abaissait à 3 000 € le plafond de l'abattement de 10 % sur les pensions, ce qui aurait alourdi l'impôt sur les rentes de PER. Il a été supprimé en commission le 7 octobre, suppression confirmée en séance le 15 octobre 2026.
- PEA-PME : un amendement adopté en première lecture porte son plafond de 225 000 € à 300 000 €. Le plafond du PEA classique reste de 150 000 €.
- Prélèvements sociaux : un amendement portant la CSG sur le capital à 12 %, soit un prélèvement forfaitaire de 32,8 %, a été rejeté en commission, puis le projet de budget de la Sécurité sociale a été rejeté en première lecture par l'Assemblée le 23 octobre 2026. Le taux de 18,6 % reste la référence.
Ces votes sont provisoires tant que le budget n'est pas définitivement adopté. Pour suivre l'autre grand arbitrage de l'épargne retraite, notre comparatif PER ou assurance-vie applique la même méthode.
Notre verdict : PEA ou PER selon votre profil
- TMI de 0 ou 11 % : PEA. La déduction rapporte trop peu pour compenser la fiscalité de sortie et le blocage.
- TMI de 30 %, revenus de retraite nettement plus bas : PER pour la part que vous ne toucherez pas avant la retraite, PEA pour le reste.
- TMI de 30 %, retraite confortable ou incertaine : PEA en priorité. Le PER ne rapporte que 2 091 € de plus dans le meilleur cas, et perd avec des frais moyens.
- TMI de 41 % ou 45 % : PER jusqu'au plafond de déduction, en contrat à frais réduits, puis PEA pour l'épargne disponible.
- Projet immobilier dans les dix ans : PEA, plus souple et moins taxé en cas de retrait anticipé.
- Objectif de transmission : PER assurance, versé avant 70 ans, en complément de l'assurance-vie.
Les deux enveloppes se combinent très bien : un PEA rempli en premier pour la souplesse, un PER alimenté chaque fin d'année du montant qui vous fait descendre d'une tranche. C'est souvent le meilleur des deux mondes.
Sources et avertissement
Article éditorial à visée informative, ne constitue pas un conseil en investissement ni un conseil fiscal. Les projections reposent sur des hypothèses de rendement et de fiscalité constantes (règles en vigueur au 3 novembre 2026) ; les performances passées des actions ne préjugent pas des performances futures et le capital investi n'est pas garanti.
- impots.gouv.fr : fiscalité des retraits de PEA
- Service-public : plan d'épargne en actions
- Service-public : plan d'épargne retraite (déduction, sortie, déblocage)
- Service-public : ce qui change pour le PER en 2026
- Service-public : prélèvements sociaux sur les revenus du capital
- Légifrance : article 163 quatervicies du CGI
- BOFiP : fiscalité des sorties de PER (annexe)
- Légifrance : article D221-111-1 du code monétaire et financier (plafonds de frais du PEA)
- Observatoire des produits d'épargne financière : rapport 2026
- Direction générale du Trésor : le PER franchit 150 milliards d'euros d'encours
- Banque de France : statistiques du PEA 2025
- Assemblée nationale : amendement n° I-1398 (plafond du PEA-PME)
- Assemblée nationale : rejet du PLFSS 2027 en première lecture