Droits de succession 2026 : ce qu'un enfant paie vraiment

Un enfant qui hérite seul de 200 000 € paie 18 194 € de droits de succession ; s'il hérite seul de 1 000 000 €, la facture grimpe à 212 962 €, soit un taux moyen de 21,3 %. Le calcul en ligne directe tient en quatre opérations, mais le barème est très progressif.

Ce guide pose les règles 2026 vérifiées sur les sources officielles, puis déroule les chiffres : un tableau pour 1, 2 et 3 enfants de 100 000 € à 1,5 million d'euros, un exemple tranche par tranche, l'effet d'une assurance-vie, le cas des frères, sœurs et neveux, et les leviers légaux. Tous les montants ont été calculés par script et arrondis à l'euro.

L'essentiel : en 2026, chaque enfant bénéficie d'un abattement de 100 000 € par parent, puis d'un barème progressif de 5 % à 45 %. Le conjoint marié et le partenaire de PACS sont totalement exonérés. Le projet de loi de finances pour 2027, déposé le 1er octobre 2026, ne touche ni à ce barème ni à cet abattement.

La méthode de calcul en 4 étapes

Les droits ne se calculent pas sur le patrimoine global du défunt, mais héritier par héritier, sur sa part nette. Chaque enfant applique son propre abattement et repart des premières tranches du barème.

  1. Déterminer l'actif net successoral : valeur de tous les biens au jour du décès (immobilier, comptes, placements, PEA, compte-titres…), moins les dettes du défunt et les frais funéraires, déductibles dans la limite forfaitaire de 1 500 €. Les capitaux d'assurance-vie versés avant 70 ans sont en principe hors succession et suivent leur propre fiscalité.
  2. Calculer la part de chaque héritier selon le règlement civil (loi ou testament). Sans conjoint, deux enfants se partagent la succession à parts égales.
  3. Retrancher l'abattement lié au lien de parenté : 100 000 € pour un enfant, diminué des donations reçues du même parent depuis moins de 15 ans (le « rappel fiscal »).
  4. Appliquer le barème progressif à la part taxable restante, tranche par tranche, comme pour l'impôt sur le revenu.

Un détail compte beaucoup en pratique : l'abattement de 100 000 € est accordé par parent. Un enfant qui hérite successivement de son père puis de sa mère bénéficie donc deux fois de 100 000 €, une fois sur chaque succession. Les tableaux ci-dessous raisonnent sur une seule succession.

Le barème 2026 des droits de succession en ligne directe

Le barème applicable aux enfants, petits-enfants et parents est fixé par l'article 777 du Code général des impôts. Voici les tranches, telles que publiées par service-public.gouv.fr (page vérifiée le 9 février 2026) :

Part taxable après abattementTauxDroits cumulés en haut de tranche
Jusqu'à 8 072 €5 %404 €
De 8 072 € à 12 109 €10 %807 €
De 12 109 € à 15 932 €15 %1 381 €
De 15 932 € à 552 324 €20 %108 659 €
De 552 324 € à 902 838 €30 %213 813 €
De 902 838 € à 1 805 677 €40 %574 949 €
Au-delà de 1 805 677 €45 %—

Pour aller vite, on peut utiliser des formules raccourcies, équivalentes au calcul tranche par tranche. Pour une part taxable (après abattement) comprise entre 15 932 € et 552 324 €, ce qui couvre la très grande majorité des héritages, les droits valent part taxable × 20 % − 1 805,65 €. Entre 552 324 € et 902 838 €, la formule devient × 30 % − 57 038,05 € ; entre 902 838 € et 1 805 677 €, × 40 % − 147 321,85 €.

Un enfant ne passe dans la tranche à 30 % que si sa part nette dépasse 652 324 € (552 324 € + 100 000 € d'abattement).

Tableau : combien paie chaque enfant de 100 000 € à 1,5 million d'euros

Hypothèses : succession d'un seul parent, conjoint non héritier (ou déjà décédé), aucune donation antérieure, actif net après dettes, pas d'assurance-vie. La succession est partagée à parts égales. Les droits indiqués sont dus par chaque enfant ; le taux moyen rapporte ces droits à la part héritée.

Succession nette1 enfant : droitsTaux moyen2 enfants : droits par enfantTaux moyen3 enfants : droits par enfantTaux moyen
100 000 €0 €0 %0 €0 %0 €0 %
200 000 €18 194 €9,1 %0 €0 %0 €0 %
300 000 €38 194 €12,7 %8 194 €5,5 %0 €0 %
500 000 €78 194 €15,6 %28 194 €11,3 %11 528 €6,9 %
750 000 €137 962 €18,4 %53 194 €14,2 %28 194 €11,3 %
1 000 000 €212 962 €21,3 %78 194 €15,6 %44 861 €13,5 %
1 500 000 €412 678 €27,5 %137 962 €18,4 %78 194 €15,6 %

Trois enseignements ressortent. D'abord, le nombre d'enfants change tout : sur 1 million d'euros, la facture totale passe de 212 962 € avec un enfant unique à 156 389 € avec deux enfants (2 × 78 194 €) et à 134 583 € avec trois (3 × 44 861 €). Chaque enfant supplémentaire apporte un abattement de 100 000 € et refait « tourner » les tranches basses.

Ensuite, le taux moyen reste nettement inférieur au taux marginal. Un enfant unique qui hérite de 500 000 € est dans la tranche à 20 %, mais son taux moyen n'est que de 15,6 %. Enfin, la franchise est large : deux enfants n'ont rien à payer jusqu'à 200 000 € de succession, trois enfants jusqu'à 300 000 €.

L'essentiel : la question « combien de droits de succession sur 200 000 € ? » n'a pas une réponse mais plusieurs. Enfant unique : 18 194 €. Deux enfants : 0 €. Neveu unique : 105 618 €. Le lien de parenté et le nombre d'héritiers pèsent davantage que le montant lui-même.

Exemple pas à pas : 600 000 € transmis à deux enfants

Hélène, veuve, décède en 2026 en laissant un patrimoine net de 600 000 € (résidence principale, épargne bancaire, PEA), sans dette ni donation antérieure. Ses deux enfants, Paul et Léa, héritent chacun de 300 000 €.

Étape 1 — abattement. Chaque enfant retranche 100 000 € : la part taxable de Paul est de 300 000 − 100 000 = 200 000 €. Même chose pour Léa.

Étape 2 — barème, tranche par tranche, pour Paul :

TrancheMontant imposéTauxDroits
0 à 8 072 €8 072 €5 %403,60 €
8 072 à 12 109 €4 037 €10 %403,70 €
12 109 à 15 932 €3 823 €15 %573,45 €
15 932 à 200 000 €184 068 €20 %36 813,60 €
Total Paul200 000 €—38 194,35 €

Étape 3 — total. Léa paie exactement le même montant. La succession d'Hélène coûte donc 76 388,70 € de droits, soit 12,7 % de l'actif transmis. Contrôle avec la formule rapide : 200 000 × 20 % − 1 805,65 = 38 194,35 €. Chaque enfant reçoit net 261 806 €.

Un point de vigilance : la résidence principale n'ouvre ici droit à aucun abattement de 20 %. Cette réduction (article 764 bis du CGI) n'existe que si le logement est occupé au jour du décès par le conjoint ou partenaire de PACS survivant, ou par un enfant mineur ou majeur protégé du défunt ou de son conjoint. Deux enfants adultes qui n'y vivaient pas n'en bénéficient pas.

Variante : 150 000 € d'assurance-vie par enfant, versés avant 70 ans

Imaginons maintenant qu'Hélène ait, en plus, alimenté avant ses 70 ans un contrat d'assurance-vie de 300 000 € désignant Paul et Léa à parts égales. Chaque enfant reçoit 150 000 € de capital décès. Ces sommes sont hors succession et relèvent de l'article 990 I du CGI : un abattement de 152 500 € par bénéficiaire, tous contrats confondus, puis un prélèvement de 20 % jusqu'à 700 000 € de part taxable et de 31,25 % au-delà (BOI-TCAS-AUT-60).

  • Capital reçu par Paul : 150 000 €, inférieur à 152 500 € → 0 € de prélèvement.
  • Droits de succession sur les 300 000 € hérités : inchangés, 38 194,35 €.
  • Total reçu par Paul : 450 000 €, pour 38 194 € de fiscalité, soit un taux global de 8,5 %.

Comparons avec la situation où ces 300 000 € auraient dormi sur un compte bancaire, donc dans la succession. Chaque enfant hériterait de 450 000 €, avec une part taxable de 350 000 € : 350 000 × 20 % − 1 805,65 = 68 194,35 € par enfant. L'assurance-vie fait donc économiser 30 000 € par enfant, 60 000 € au total, exactement 20 % des sommes logées dans le contrat. Seuls les produits du contrat restent soumis aux prélèvements sociaux de 17,2 % (taux maintenu pour l'assurance-vie en 2026).

Si les versements avaient été faits après 70 ans, la règle serait tout autre (article 757 B) : abattement global de 30 500 € partagé entre tous les bénéficiaires et tous les contrats, puis réintégration des primes dans la succession au barème classique. En revanche, les intérêts produits par ces primes sont exonérés. Pour bien rédiger la clause, voir notre guide assurance-vie : clause bénéficiaire et succession.

L'essentiel : jusqu'à 152 500 € par bénéficiaire, un capital d'assurance-vie alimenté avant 70 ans échappe à toute taxation au décès, en plus de l'abattement successoral de 100 000 €. Pour un enfant, c'est 252 500 € transmissibles sans droits par parent.

Conjoint, partenaire de PACS et décès des deux parents

Le conjoint marié et le partenaire de PACS sont totalement exonérés de droits de succession (article 796-0 bis du CGI), quel que soit le montant reçu. Attention au concubin : sans mariage ni PACS, il est fiscalement un « tiers » et subit un abattement de 1 594 € puis un taux de 60 %. Pour un PACS, un testament est indispensable, le partenaire n'étant pas héritier légal.

Pour les enfants, le schéma le plus fréquent est une transmission en deux temps : au premier décès, le conjoint survivant recueille une partie des biens (souvent l'usufruit de la totalité), puis au second décès les enfants reçoivent le reste. Comme l'abattement de 100 000 € joue sur chaque succession, un couple marié avec deux enfants peut transmettre 400 000 € sans droits (2 parents × 2 enfants × 100 000 €). Sur un patrimoine commun de 1 000 000 €, partagé en deux successions de 500 000 € chacune, chaque enfant paierait 2 × 28 194 € = 56 389 €, contre 78 194 € si tout passait en une seule succession de 1 million. La répartition entre les deux décès compte autant que le montant total.

Frères, sœurs, neveux et tiers : une fiscalité beaucoup plus lourde

Hors ligne directe, les abattements fondent et les taux s'envolent. Les frères et sœurs disposent d'un abattement de 15 932 €, puis d'un taux de 35 % jusqu'à 24 430 € et 45 % au-delà. Ils sont même totalement exonérés s'ils remplissent trois conditions cumulatives : être célibataire, veuf, divorcé ou séparé de corps ; avoir plus de 50 ans ou une infirmité empêchant de travailler ; avoir été domicilié avec le défunt pendant les cinq années précédant le décès. Les neveux et nièces bénéficient de 7 967 € d'abattement puis d'un taux unique de 55 %. Les autres héritiers (cousins, amis, concubin…) n'ont que 1 594 € d'abattement et subissent 60 % (55 % entre parents jusqu'au 4e degré).

Part reçueEnfantFrère ou sœurNeveu ou nièceTiers (60 %)
50 000 €0 €12 888 €23 118 €29 044 €
100 000 €0 €35 388 €50 618 €59 044 €
200 000 €18 194 €80 388 €105 618 €119 044 €
300 000 €38 194 €125 388 €160 618 €179 044 €
500 000 €78 194 €215 388 €270 618 €299 044 €

Sur 200 000 €, un neveu paie près de six fois plus qu'un enfant. Deux nuances : un neveu qui hérite « par représentation » de son parent prédécédé (frère ou sœur du défunt) bénéficie de l'abattement de 15 932 € et du barème des frères et sœurs ; et pour un neveu ou un tiers, l'assurance-vie souscrite avant 70 ans devient l'outil de transmission le plus puissant, puisque l'abattement de 152 500 € ne dépend pas du lien de parenté.

Handicap, petits-enfants, donations passées : les cas qui changent le calcul

Plusieurs situations modifient sensiblement le résultat des tableaux précédents :

  • Héritier handicapé : un abattement spécifique de 159 325 € (article 779 II) s'ajoute à l'abattement de parenté. Un enfant handicapé peut ainsi recevoir 259 325 € de chaque parent sans droits.
  • Petits-enfants : s'ils héritent directement alors que leur parent est vivant (par testament ou après renonciation), l'abattement n'est que de 1 594 €. S'ils viennent par représentation d'un parent prédécédé, ils se partagent l'abattement de 100 000 € de ce parent.
  • Rappel fiscal de 15 ans : les donations consenties par le défunt au même héritier depuis moins de 15 ans s'imputent sur l'abattement. Un enfant ayant reçu 60 000 € en donation il y a dix ans ne dispose plus que de 40 000 € d'abattement à la succession.
  • Dettes et frais : les dettes justifiées du défunt (crédit immobilier en cours, impôts dus, factures) se déduisent, tout comme les frais funéraires dans la limite de 1 500 €. En revanche, les frais de notaire de la succession ne sont pas déductibles.

Les leviers légaux pour réduire les droits de succession

Réduire la facture suppose d'agir de son vivant. Les outils sont connus, légaux et cumulables :

  1. Donner tous les 15 ans : l'abattement de 100 000 € par parent et par enfant se recharge tous les 15 ans. Une donation de 100 000 € à 60 ans, renouvelée à 75 ans, permet de sortir 200 000 € par enfant et par parent avant même la succession.
  2. Le don familial de sommes d'argent (article 790 G) : 31 865 € supplémentaires exonérés par donateur et par bénéficiaire, si le donateur a moins de 80 ans et le bénéficiaire est majeur (ou émancipé). Cumulable avec l'abattement de 100 000 €, il porte à 131 865 € le montant transmissible sans droits par parent et par enfant. Les petits-enfants disposent aussi, en donation, d'un abattement propre de 31 865 € (article 790 B).
  3. La donation démembrée : donner la nue-propriété d'un bien en gardant l'usufruit. Selon le barème de l'article 669, l'usufruit vaut 40 % entre 61 et 70 ans révolus, la nue-propriété 60 %. Un appartement de 300 000 € donné à 65 ans n'est taxé que sur 180 000 € ; au décès, l'usufruit s'éteint sans droits supplémentaires.
  4. L'assurance-vie avant 70 ans : 152 500 € par bénéficiaire hors succession, puis 20 %, comme démontré plus haut. Nous démontons les erreurs courantes dans notre article assurance-vie : 7 idées reçues qui coûtent cher en 2026.

Ordre de grandeur : un parent de moins de 80 ans peut donner 131 865 € à chacun de ses deux enfants et désigner ces enfants sur une assurance-vie alimentée avant 70 ans à hauteur de 152 500 € chacun, soit 568 730 € sortis de sa succession sans droits. Pour l'héritier, notre guide investir un héritage en 2026 détaille ensuite les supports adaptés.

Projet de loi de finances 2027 : ce qui est sur la table pour les successions

Le projet de loi de finances pour 2027 a été déposé le 1er octobre 2026 et est en cours d'examen au Parlement jusqu'en décembre. À la date du 16 octobre 2026, aucune de ses mesures n'est votée. D'après les analyses publiées par les cabinets spécialisés, le texte ne modifie ni le barème des droits de succession, ni l'abattement de 100 000 € en ligne directe, ni le délai de rappel de 15 ans.

Deux dispositions concernent néanmoins la transmission au décès, sous réserve des débats parlementaires :

  • Assurance-vie « non conforme » : le régime de faveur serait recentré sur les contrats alimentés en numéraire et investis sur des supports conformes au code des assurances. Pour les décès survenant à compter du 1er juillet 2027, les capitaux de contrats ne respectant pas ces conditions pourraient être soumis aux droits de succession classiques. Les contrats ordinaires (fonds en euros, unités de compte grand public) ne sont pas visés.
  • Apport-cession : la plus-value en report d'imposition sur des titres apportés à une holding ne serait plus effacée au décès, avec une application envisagée aux transmissions intervenues depuis le 1er octobre 2026.

Les mesures temporaires sur les dons d'argent du premier semestre 2027 relèvent de la donation, pas de la succession. Prudence avant de bâtir une stratégie sur un texte non adopté.

Déclaration, délai de 6 mois et paiement des droits

La déclaration de succession doit être déposée dans les 6 mois suivant le décès lorsqu'il survient en France métropolitaine (12 mois pour un décès à l'étranger), et les droits sont en principe payés au moment du dépôt. Les héritiers en ligne directe et le conjoint en sont dispensés si l'actif brut est inférieur à 50 000 € et qu'ils n'ont reçu aucune donation non déclarée du défunt (3 000 € pour les autres héritiers).

En cas de retard, le formulaire officiel 2705-SD rappelle les sanctions :

  • un intérêt de retard de 0,20 % par mois à compter du 7e mois ;
  • une majoration de 10 % si la déclaration est déposée après le 12e mois suivant le décès ;
  • une majoration de 40 % en l'absence de dépôt dans les 90 jours suivant une mise en demeure.

Pour Paul, dans notre exemple, déposer au 10e mois au lieu du 6e coûterait 4 mois × 0,20 % × 38 194 € ≈ 306 € d'intérêts. Au-delà d'un an, la majoration de 10 % ajouterait 3 819 €. Les héritiers qui manquent de liquidités peuvent demander, avec la déclaration, un paiement fractionné (versements étalés, avec un délai allongé lorsque l'actif comprend au moins 50 % de biens non liquides comme l'immobilier) ou un paiement différé lorsqu'ils héritent de la nue-propriété, moyennant intérêts et garanties.

Sources et méthodologie

Les montants des tableaux ont été calculés par script à partir du barème de l'article 777 du CGI et des abattements des articles 779, 788 et 990 I, puis arrondis à l'euro. Ils supposent une succession nette (après dettes), sans donation antérieure, sans abattement résidence principale ni réduction pour charges de famille. Chaque situation réelle (régime matrimonial, testament, biens professionnels) mérite une simulation par un notaire.

Article éditorial à visée informative, ne constitue pas un conseil en investissement ni un conseil juridique ou fiscal personnalisé. Les règles citées sont celles en vigueur au 16 octobre 2026 ; les mesures du projet de loi de finances pour 2027 sont présentées sous réserve de leur adoption.