PEA ou assurance-vie : pourquoi le match change en 2026
Pendant des années, la comparaison entre PEA et assurance-vie se résumait à une formule : le PEA pour les actions, l'assurance-vie pour tout le reste et pour la transmission. En 2026, un détail fiscal rebat partiellement les cartes. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 (article 12 de la loi n° 2025-1403) a porté la CSG sur les revenus du capital de 9,2 % à 10,6 %. Résultat : les prélèvements sociaux passent de 17,2 % à 18,6 % sur les gains du PEA, du compte-titres ou du PER… mais restent à 17,2 % sur l'assurance-vie, comme le confirme Service-public.fr.
Ces 1,4 point d'écart suffisent-ils à inverser le verdict ? Non, dans la plupart des cas : le PEA garde un avantage de frais qui pèse bien plus lourd. Mais l'écart se resserre, et il existe désormais des profils pour lesquels l'assurance-vie gagne même sur un portefeuille 100 % actions. Ce dossier pose les règles, puis les chiffres.
Les deux enveloppes sont massivement utilisées : la Banque de France recensait 7,29 millions de PEA fin 2025 pour 126,5 milliards d'euros de titres, soit 17 343 € en moyenne par plan, tandis que l'assurance-vie affiche un encours de 2 174 milliards d'euros fin juillet 2026 et une collecte nette record de 41,3 milliards sur sept mois, selon France Assureurs.
L'essentiel : en 2026, à la sortie, un gain de PEA de plus de 5 ans supporte 18,6 % de prélèvements sociaux ; un gain d'assurance-vie de plus de 8 ans supporte 17,2 % de prélèvements sociaux plus 7,5 % d'impôt au-delà de l'abattement de 4 600 €. Le PEA reste fiscalement plus léger sur les gros gains, l'assurance-vie sur les petits rachats.
Les règles côte à côte
Voici le comparatif des deux enveloppes selon les textes en vigueur au 29 septembre 2026 :
| Critère | PEA | Assurance-vie |
|---|---|---|
| Plafond de versements | 150 000 € (20 000 € pour un PEA jeune ; 225 000 € cumulés avec un PEA-PME) | Aucun plafond |
| Nombre par personne | Un seul PEA classique | Illimité |
| Placements possibles | Actions européennes, ETF éligibles (dont MSCI World synthétiques) | Fonds euros, unités de compte (ETF, fonds, SCPI…) selon le contrat |
| Capital garanti | Non | Oui sur le fonds euros (hors frais), non sur les UC |
| Retrait avant l'échéance fiscale | Avant 5 ans : clôture du plan (sauf exceptions) et PFU 31,4 % | Avant 8 ans : 12,8 % d'impôt + 17,2 % de PS (30 %), sans clôture |
| Fiscalité après l'échéance | Après 5 ans : 0 % d'impôt, 18,6 % de PS | Après 8 ans : abattement 4 600 € (9 200 € en couple), puis 7,5 % jusqu'à 150 000 € de primes (12,8 % au-delà) + 17,2 % de PS |
| Retraits partiels après l'échéance | Possibles sans clôture | Possibles à tout moment |
| Frais typiques | Courtage plafonné à 0,5 % par ordre en ligne ; aucun frais de gestion d'enveloppe chez les courtiers en ligne | Frais de gestion UC : 0,88 % en moyenne, environ 0,50 % sur les contrats en ligne |
| Transfert | Possible, frais plafonnés à 15 € par ligne et 150 € au total | Transfert vers un autre assureur généralement impossible sans perdre l'antériorité |
| Au décès | Plan clos ; gains exonérés d'impôt mais soumis aux PS ; capital intégré à la succession | Hors succession : 152 500 € exonérés par bénéficiaire (primes versées avant 70 ans) |
Sources : Service-public (PEA), Service-public (rachats d'assurance-vie), décret n° 2020-95 sur les frais du PEA, France Assureurs (frais UC 2025).
Fiscalité 2026 : ce que la hausse de CSG change vraiment
Sur le PEA, la règle est simple et désormais confirmée par impots.gouv.fr : après 5 ans, « vos gains ne sont pas soumis à l'impôt sur le revenu, mais vous restez redevable des 18,6 % de prélèvements sociaux ». Avant 5 ans, le prélèvement forfaitaire unique atteint 31,4 % (12,8 % + 18,6 %).
Point encore discuté : les gains accumulés avant 2026. L'administration applique 18,6 % à tout gain retiré en 2026, quelle que soit l'année où il a été réalisé ; certains conseils estiment que chaque tranche annuelle de gain devrait garder le taux de son époque. Seule exception claire : les PEA ouverts avant 2018 conservent leurs taux historiques sur les gains acquis avant 2018. Aucun commentaire BOFiP n'a tranché à ce jour.
Sur l'assurance-vie, rien ne bouge : 17,2 % de prélèvements sociaux et, pour les versements effectués depuis le 27 septembre 2017, un impôt de 7,5 % après 8 ans au-delà de l'abattement annuel, dans la limite de 150 000 € de primes. Concrètement, sur 10 000 € de gain retiré après l'échéance :
- PEA de plus de 5 ans : 10 000 × 18,6 % = 1 860 € ;
- assurance-vie de plus de 8 ans, personne seule : (10 000 − 4 600) × 7,5 % + 10 000 × 17,2 % = 405 + 1 720 = 2 125 € ;
- assurance-vie de plus de 8 ans, couple : (10 000 − 9 200) × 7,5 % + 1 720 = 60 + 1 720 = 1 780 €.
Pour un gain de 4 600 € ou moins, l'assurance-vie ne coûte que 17,2 %, soit moins que le PEA : c'est la première brèche ouverte par la réforme. Pour mieux comprendre la logique de la flat tax, voyez notre page flat tax (PFU).
Le vrai juge de paix : les frais sur 15 ou 25 ans
La fiscalité ne s'applique qu'une fois, à la sortie ; les frais, eux, rognent le capital chaque année. C'est là que le PEA creuse l'écart. Un ETF MSCI World éligible coûte 0,20 % par an pour les moins chers (Amundi DCAM et iShares WPEA, 0,38 % pour CW8), et un courtier en ligne ne facture aucun frais de tenue de compte. Notre comparatif CW8, DCAM ou WPEA détaille ces trois fonds.
En assurance-vie, le même ETF (quand le contrat le propose) supporte en plus les frais de gestion du contrat : environ 0,50 % sur les meilleurs contrats en ligne, 0,88 % en moyenne selon France Assureurs. Et la moyenne des frais courants des fonds en unités de compte atteint 1,60 % : choisir un contrat qui référence des ETF n'est donc pas un détail.
L'essentiel : 0,5 point de frais annuels en plus coûte bien davantage que 1,4 point de prélèvements sociaux en moins. Sur une durée longue, un portefeuille d'ETF actions reste mieux logé dans un PEA que dans une assurance-vie, même en ligne.
Simulation : 50 000 € en ETF monde, PEA contre assurance-vie
Hypothèses : 50 000 € investis en une fois sur un ETF MSCI World, performance brute de 7 % par an (hypothèse, non garantie), frais de l'ETF 0,20 %. Dans le PEA, le rendement net de frais est donc de 6,8 % par an. Dans une assurance-vie en ligne à 0,50 % de frais sur les UC, il tombe à 6,3 %. Retrait total à l'horizon indiqué, personne seule, fiscalité 2026 inchangée.
- Capital du PEA après 15 ans : 50 000 × 1,06815 ≈ 134 134 €, soit 84 134 € de gain.
- Impôt PEA : 84 134 × 18,6 % ≈ 15 649 €. Net en poche : 118 485 €.
- Capital de l'assurance-vie après 15 ans : 50 000 × 1,06315 ≈ 125 017 €, soit 75 017 € de gain.
- Impôt assurance-vie : (75 017 − 4 600) × 7,5 % ≈ 5 281 € d'impôt + 75 017 × 17,2 % ≈ 12 903 € de PS, soit 18 184 €. Net : 106 833 €.
- Écart : 11 652 € en faveur du PEA.
| Horizon | PEA : capital brut | PEA : net après 18,6 % | Assurance-vie : capital brut | Assurance-vie : net après impôt et 17,2 % | Avantage PEA |
|---|---|---|---|---|---|
| 8 ans | 84 633 € | 78 191 € | 81 515 € | 74 076 € | +4 116 € |
| 15 ans | 134 134 € | 118 485 € | 125 017 € | 106 833 € | +11 652 € |
| 25 ans | 258 971 € | 220 102 € | 230 304 € | 186 114 € | +33 989 € |
Avec un contrat facturant les frais moyens du marché (0,88 %), le net de l'assurance-vie après 15 ans tombe à environ 101 900 €, soit plus de 16 500 € d'écart. Et en versements réguliers ? 200 € par mois pendant 20 ans (48 000 € versés) donnent environ 90 150 € nets dans le PEA contre 83 190 € dans une assurance-vie en ligne, soit près de 7 000 € de différence. Testez vos propres hypothèses avec notre simulateur d'intérêts composés.
Les cas où l'assurance-vie reprend l'avantage
Le PEA gagne le match de la performance brute. Mais l'assurance-vie reste la bonne réponse dans plusieurs situations précises :
- Vous avez rempli votre PEA : au-delà de 150 000 € de versements, l'assurance-vie est la seule enveloppe qui accueille des ETF avec une fiscalité allégée. Notre guide PEA plein : que faire ? détaille les options.
- Vous avez besoin de sécurité : le fonds euros a servi en moyenne 2,63 % en 2025, net de frais et avant prélèvements sociaux (ACPR, juin 2026), avec un capital garanti. Le PEA n'offre aucun équivalent.
- Vous retirez de petites sommes chaque année : en restant sous l'abattement de 4 600 € (9 200 € en couple) de gains par an, chaque rachat n'est taxé qu'à 17,2 %, contre 18,6 % dans le PEA.
- Vous voulez diversifier au-delà des actions : obligations, SCPI, fonds immobiliers ou private equity ne sont pas éligibles au PEA.
- Vous préparez une transmission : c'est l'argument décisif, développé ci-dessous.
Transmission : l'avantage massif de l'assurance-vie
Au décès, le PEA est clos automatiquement : les gains échappent à l'impôt sur le revenu mais supportent les prélèvements sociaux, et le capital entre dans la succession, taxée selon le barème des droits après l'abattement de 100 000 € par enfant. L'assurance-vie, elle, sort de la succession : selon impots.gouv.fr, les capitaux issus de primes versées avant 70 ans bénéficient d'un abattement de 152 500 € par bénéficiaire, puis sont taxés à 20 % jusqu'à 700 000 € et 31,25 % au-delà.
Exemple : un parent laisse à son enfant unique une maison et des livrets pour 300 000 €, plus 150 000 € d'ETF. Si les ETF sont dans un PEA, ils s'ajoutent à la succession : l'abattement de 100 000 € est déjà absorbé par les 300 000 € d'autres biens, et les 150 000 € tombent entièrement dans la tranche à 20 %, soit 30 000 € de droits, en plus des prélèvements sociaux sur les gains du plan. Si les mêmes 150 000 € sont dans une assurance-vie alimentée avant 70 ans, ils restent sous l'abattement de 152 500 € : 0 € de droits. Pensez à rédiger soigneusement la clause bénéficiaire, comme l'explique notre guide clause bénéficiaire et succession.
L'essentiel : sur 25 ans, le PEA peut rapporter environ 34 000 € de plus dans notre simulation. Mais un seul passage en succession peut coûter 30 000 € de droits qu'une assurance-vie aurait évités. Pour un patrimoine destiné à être transmis, les deux enveloppes se complètent plus qu'elles ne s'opposent.
Disponibilité et risques : les petites lignes à connaître
Côté PEA, la contrainte majeure est la règle des 5 ans : tout retrait avant cette date entraîne la clôture du plan, sauf licenciement, invalidité, mise à la retraite anticipée ou création d'entreprise. Après 5 ans, les retraits partiels sont libres et le plan continue de vivre. Le plafond de 150 000 € s'apprécie sur les versements, pas sur la valeur : un PEA peut donc dépasser largement ce montant grâce aux plus-values.
Côté assurance-vie, l'argent est disponible à tout moment et l'assureur doit verser les fonds sous deux mois. Une réserve théorique existe toutefois : l'article L. 631-2-1 du Code monétaire et financier, issu de la loi Sapin 2, permet au Haut Conseil de stabilité financière de suspendre ou limiter temporairement les rachats en cas de crise grave. Ce dispositif n'a jamais été activé. En 2026, le gouvernement a par ailleurs confirmé le 26 août que les ETF synthétiques restaient éligibles au PEA, levant l'incertitude qui pesait sur les fonds MSCI World du plan.
Verdict par profil
| Votre profil | Priorité | Pourquoi |
|---|---|---|
| 25-40 ans, investissement actions long terme | PEA d'abord | Frais minimaux, 0 % d'impôt après 5 ans ; l'écart de frais domine sur 20 ans |
| Épargnant prudent ou projet à moins de 5 ans | Assurance-vie (fonds euros) | Capital garanti, pas de clôture en cas de retrait |
| PEA plein ou versements au-delà de 150 000 € | Assurance-vie en ligne avec ETF | Seule enveloppe allégée restante ; choisir un contrat à 0,50 % sur les UC |
| Retraité qui complète ses revenus | Assurance-vie pour les petits rachats | Gains sous 4 600 €/9 200 € par an taxés à 17,2 % seulement |
| Objectif de transmission | Assurance-vie avant 70 ans | 152 500 € exonérés par bénéficiaire, hors succession |
| Épargnant intermédiaire | Les deux | Ouvrir un PEA pour prendre date et une assurance-vie pour démarrer le compteur des 8 ans |
Dernier conseil pratique : ouvrir les deux enveloppes tôt, même avec un versement symbolique, ne coûte rien et fait courir les délais de 5 et 8 ans. Pour approfondir le fonctionnement du plan, consultez notre guide complet du PEA, et pour le match entre PEA et compte-titres, notre page PEA ou CTO.
Sources et avertissement
Article éditorial à visée informative, ne constitue pas un conseil en investissement. Les performances simulées reposent sur des hypothèses (7 % brut par an) et ne préjugent pas des performances futures ; l'investissement en actions comporte un risque de perte en capital. Le traitement des gains de PEA antérieurs à 2026 attend encore une doctrine administrative. Sources : LFSS 2026, article 12 (Légifrance) ; Service-public.fr — prélèvements sociaux ; impots.gouv.fr — retraits du PEA ; Service-public.fr — PEA ; Service-public.fr — fiscalité de l'assurance-vie ; Service-public.fr — versements et rachats ; impots.gouv.fr — assurance-vie et succession ; Décret n° 2020-95 — plafonds de frais du PEA ; Banque de France — PEA fin 2025 ; France Assureurs — collecte juillet 2026 ; France Assureurs — frais des UC 2025 ; ACPR — l'assurance-vie en 2025 ; justETF — Amundi DCAM.