Le seul mois de l'année qui finit plus souvent en baisse qu'en hausse

Chaque année à la même date, la même statistique refait surface : septembre serait le « mois maudit » de la Bourse. Contrairement à beaucoup de croyances de marché, celle-ci repose sur un chiffre réel. Depuis 1950, le S&P 500 affiche en septembre une performance moyenne d'environ −0,68 %, avec seulement 44 % de mois positifs. C'est le seul mois du calendrier à terminer plus souvent dans le rouge que dans le vert sur cette période — pire qu'octobre, pourtant réputé pour ses krachs.

À l'autre bout du classement, novembre est le meilleur mois de l'année, avec une progression moyenne de +1,63 %. L'écart entre les deux extrêmes du calendrier est donc d'environ 2,3 points de pourcentage.

La vraie question n'est pas de savoir si la statistique existe — elle existe. C'est de savoir si elle est exploitable par un particulier qui verse 300 € par mois sur un ETF. La réponse, chiffres à l'appui, est non. Et le calendrier de septembre 2026, particulièrement chargé, illustre exactement pourquoi.

L'essentiel : −0,68 % de moyenne, c'est un signal statistique faible noyé dans un bruit énorme. Septembre monte quand même quasiment une année sur deux (44 % du temps), et la moyenne est tirée vers le bas par une poignée de septembres catastrophiques (1931, 2001, 2002, 2008). Une moyenne n'est pas une prévision.

D'où vient réellement cette saisonnalité

Trois explications reviennent chez les analystes, et aucune n'est une loi physique des marchés.

  • Le rééquilibrage de fin d'été. Les gérants institutionnels reviennent de congés et ajustent leurs portefeuilles, souvent en encaissant les positions gagnantes accumulées pendant l'été, période de faibles volumes.
  • La clôture fiscale des fonds américains. Beaucoup de mutual funds américains arrêtent leur exercice fin septembre. Ils vendent alors leurs lignes perdantes pour matérialiser des moins-values fiscales — un mécanisme mécanique de pression vendeuse, sans rapport avec la valeur des entreprises.
  • La concentration des rendez-vous macroéconomiques. Les banques centrales calent traditionnellement des décisions importantes en septembre, ce qui concentre l'incertitude sur quelques séances.

Ces trois causes ont un point commun : elles sont techniques et de court terme. Aucune ne dit quoi que ce soit sur la valeur des entreprises détenues dans un ETF monde à horizon 15 ans. C'est précisément ce qui rend le signal inutilisable pour un investisseur de long terme, et potentiellement coûteux.

Ce que coûte, en euros, le fait de « sauter septembre »

Imaginons deux investisseurs identiques, qui versent 300 € par mois sur un ETF actions monde pendant 20 ans, avec une hypothèse de rendement de 7 % par an.

  1. Investisseur A verse tous les mois, sans exception. Il investit 12 × 300 × 20 = 72 000 €. Capital final : 300 × ((1,0720 − 1) / 0,005654) ≈ 152 265 €.
  2. Investisseur B saute systématiquement le mois de septembre, jugé dangereux. Il investit 11 × 300 × 20 = 66 000 €, soit 6 000 € de moins.
  3. Le versement annuel manquant de 300 €, capitalisé sur 20 ans à 7 %, représente 300 × ((1,0720 − 1) / 0,07) ≈ 12 299 €.
  4. Capital final de B : 152 265 − 12 299 ≈ 139 966 €. Écart : −12 299 €.

Autrement dit, l'investisseur B renonce à plus de 12 000 € pour éviter une sous-performance moyenne de 0,68 % sur un douzième de ses versements. Sur les 6 000 € qu'il n'a pas investis, l'économie théorique liée à la saisonnalité vaudrait environ 6 000 × 0,68 % = 41 €. Le rapport est de 1 à 300.

Hypothèse de rendement de 7 % par an, retenue à titre d'illustration : elle ne constitue pas une prévision. Un ETF actions peut perdre de la valeur.

L'essentiel : le coût d'être hors du marché dépasse de très loin le gain espéré d'un arbitrage saisonnier. Le calcul ci-dessus suppose même que B réinvestit l'argent plus tard ; s'il le laisse sur un livret à 1,7 %, l'écart se creuse encore.

Septembre 2026 : un calendrier exceptionnellement chargé

Cette année, la saisonnalité rencontre un enchaînement de rendez-vous réels, ce qui explique la nervosité ambiante. Voici les échéances qui structurent le mois.

DateÉvénementAttentes de marché
3 septembreAdjudication d'OAT longues (Agence France Trésor)La France a emprunté à 4,23 % à dix ans, contre 3,90 % en août et 3,45 % en février
10 septembreConseil des gouverneurs de la BCE (Berlin)Un sondage Reuters du 3 septembre place la facilité de dépôt à 2,50 %, soit une deuxième hausse en 2026, suivie d'un plateau
16 septembreRéunion du FOMC (Réserve fédérale)Environ 66 % de probabilité d'une hausse de 25 points de base ; l'inflation PCE reste à 3,7 % sur un an en juillet
Tout le moisPrix de l'énergieLe Brent évolue au-dessus de 96 $ après la ré-escalade du conflit avec l'Iran début septembre

Un point mérite d'être souligné : ces catalyseurs sont connus et datés. Ils sont donc déjà largement intégrés dans les cours. Ce qui fait bouger les marchés, ce n'est pas la hausse de taux attendue par 66 % du marché — c'est l'écart entre la décision et cette attente, plus le ton du communiqué. Un particulier n'a aucun avantage informationnel sur ce terrain.

Ce qui marche vraiment quand un mois s'annonce agité

Plutôt que d'arbitrer sur un calendrier, trois réglages ont un effet mesurable et durable sur le résultat final :

  • Automatiser le versement. Un ordre programmé le même jour chaque mois supprime la décision, donc l'erreur de décision. C'est tout l'intérêt du DCA : il n'est pas censé battre le marché, il est censé vous empêcher de vous battre vous-même.
  • Baisser les frais. Un écart de 0,80 % de frais annuels coûte davantage sur vingt ans que toutes les saisonnalités de septembre réunies. Sur les 152 265 € de notre exemple, 0,80 % de frais supplémentaires par an ramènent le capital final aux alentours de 138 000 €.
  • Fixer la répartition à l'avance. Décider aujourd'hui de ce que vous ferez si l'indice cède 15 % évite d'avoir à décider dans la panique. Un plan écrit vaut mieux qu'une intuition.

Si vous disposez d'une somme importante à placer d'un coup plutôt que mensuellement, la question est différente et mérite un raisonnement à part : nous l'avons traitée dans le guide lump sum.

Le détail fiscal qui compte plus que la saisonnalité

Un investisseur qui vend en août pour racheter en octobre déclenche, sur un compte-titres, une plus-value imposable. Depuis 2026, cette plus-value supporte 31,4 % (12,8 % d'impôt forfaitaire plus 18,6 % de prélèvements sociaux, le compte-titres relevant de l'étage haut de la fiscalité 2026).

Reprenons : sur une ligne de 20 000 € portant 6 000 € de plus-value latente, sortir du marché coûte immédiatement 6 000 × 31,4 % = 1 884 € d'impôt. Il faudrait que le marché baisse de plus de 9 % pendant votre absence pour que l'opération soit simplement rentable — avant même de parler du risque de rater le rebond.

Dans un PEA, l'arbitrage interne n'est pas taxé tant qu'il n'y a pas de retrait, ce qui supprime ce coût immédiat. Mais le risque de rater les meilleures séances, lui, reste entier : historiquement, les plus fortes hausses journalières surviennent en grappes, à proximité immédiate des plus fortes baisses.

Verdict

La statistique de septembre est vraie et vérifiable : −0,68 % de moyenne depuis 1950, 44 % de mois positifs, seul mois plus souvent baissier que haussier. Elle est aussi strictement inutilisable pour un particulier : trop faible pour couvrir les frais et la fiscalité d'un aller-retour, trop bruitée pour fonder une décision sur une année donnée, et trop connue pour être exploitable.

Le bon usage de cette information est ailleurs. Si vous êtes déjà investi, elle vous rappelle simplement qu'un mois rouge en septembre est normal et ne signale rien. Si vous hésitez à commencer, elle ne constitue pas une raison d'attendre octobre : sur vingt ans, l'attente coûte bien plus cher que la volatilité. Pour construire une première allocation, notre article ETF MSCI World pour débuter détaille les critères de sélection.

Sources et avertissement

Article éditorial à visée informative, ne constitue pas un conseil en investissement. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Investir en actions ou en ETF comporte un risque de perte en capital. Les hypothèses de rendement utilisées dans les exemples chiffrés sont explicitées comme telles et ne constituent pas des prévisions.