850 000 logements ont changé d'étiquette sans qu'un seul mur soit isolé

Depuis le 1er janvier 2026, la méthode de calcul du diagnostic de performance énergétique a changé sur un point unique mais décisif : le coefficient de conversion de l'électricité en énergie primaire est passé de 2,3 à 1,9. Conséquence directe, environ 850 000 logements chauffés à l'électricité sont sortis mécaniquement des classes F et G — donc du statut de passoire thermique — sans aucun travaux.

Le problème, c'est que personne ne vous prévient. Votre DPE papier, celui que vous avez payé entre 149 et 249 €, affiche toujours l'ancienne étiquette. Aucun courrier, aucune notification. Et pourtant, une procédure officielle, gratuite et réalisable en cinq minutes en ligne, permet de récupérer une attestation ayant la même valeur juridique que le diagnostic d'origine. C'est cette démarche, largement passée sous les radars, que détaille cet article.

L'essentiel : si votre logement est chauffé à l'électricité et que son DPE est encore valide, votre étiquette a peut-être déjà changé. La mise à jour se fait gratuitement sur la base nationale de l'ADEME, avec le seul numéro ADEME figurant sur votre rapport. Aucun diagnostiqueur à faire venir, aucune nouvelle visite.

Pourquoi le coefficient de l'électricité est passé de 2,3 à 1,9

Le DPE ne mesure pas l'électricité que vous consommez réellement : il mesure une énergie primaire, c'est-à-dire l'énergie qu'il a fallu mobiliser en amont pour produire l'énergie finale qui arrive chez vous. Pour le gaz ou le fioul, le coefficient est de 1 : un kilowattheure consommé compte pour un kilowattheure. Pour l'électricité, il fallait jusqu'ici en compter 2,3, afin de refléter les pertes de production et de transport.

Ce coefficient de 2,3 datait d'une époque où le mix électrique européen était dominé par les centrales thermiques. Avec un mix français très largement décarboné, il pénalisait fortement les logements électriques : un radiateur consommant 3 000 kWh était compté comme 6 900 kWh d'énergie primaire, contre 3 000 pour une chaudière gaz consommant autant.

Le gouvernement a annoncé la révision le 9 juillet 2025. Elle a été entérinée par un arrêté du 13 août 2025, publié au Journal officiel le 26 août 2025, pour une entrée en vigueur au 1er janvier 2026. La France rejoint ainsi la valeur par défaut retenue au niveau européen. Concrètement, la consommation électrique pèse désormais 17 % de moins dans le calcul (1,9 ÷ 2,3 = 0,826).

Point important : la réforme ne peut que faire monter une étiquette, jamais la faire descendre. Aucun logement ne se retrouve moins bien classé qu'avant le 1er janvier 2026.

Qui est concerné — et qui ne l'est pas

Le gain est proportionnel à la part d'électricité dans la consommation du logement. En pratique :

  • Fort gain : logement chauffé aux convecteurs électriques ou au plancher chauffant électrique, avec eau chaude sanitaire électrique. C'est le profil type du studio ou du T2 ancien en ville. Un saut d'une classe entière est fréquent, parfois deux.
  • Gain partiel : logement chauffé par pompe à chaleur — l'électricité y est déjà très efficace, donc la consommation de départ est faible, et le gain absolu plus limité.
  • Aucun gain : logement chauffé au gaz, au fioul, au bois ou au réseau de chaleur. Le coefficient de ces énergies n'a pas bougé. Seuls les usages électriques annexes sont recalculés, ce qui change rarement l'étiquette.

Autrement dit, la réforme redistribue les cartes entre énergies de chauffage. Elle s'inscrit dans la même logique que le durcissement de MaPrimeRénov' au 1er septembre 2026, que nous avons analysé dans notre article sur l'exclusion des chaudières gaz du dispositif : l'État pousse méthodiquement vers l'électrification du chauffage.

La démarche : récupérer votre nouvelle étiquette gratuitement

C'est le cœur du sujet, et l'information que la plupart des propriétaires n'ont pas. Vous n'avez pas besoin de refaire un DPE. L'ADEME, qui héberge la base nationale des diagnostics, met à disposition une attestation de nouvelle étiquette générée à partir des données déjà enregistrées lors de votre diagnostic.

  1. Munissez-vous de votre numéro ADEME : une suite de treize caractères imprimée en haut de votre rapport de DPE.
  2. Rendez-vous sur l'Observatoire DPE-Audit de l'ADEME (observatoire-dpe-audit.ademe.fr), le service public officiel qui centralise tous les DPE réalisés en France.
  3. Saisissez le numéro et téléchargez l'attestation. L'opération est gratuite et prend quelques minutes.
  4. Joignez l'attestation à votre DPE d'origine. Elle remplace l'étiquette initiale et conserve la même durée de validité que le diagnostic dont elle est issue.

Ce document est officiel : il est opposable et utilisable pour une vente, une mise en location ou une demande d'aide à la rénovation. Il n'y a aucune raison de payer un nouveau diagnostic complet — sauf si votre DPE est arrivé à expiration, ou si vous avez réalisé des travaux depuis, auquel cas une nouvelle visite s'impose de toute façon.

À retenir : attestation ADEME = 0 € et cinq minutes. Nouveau DPE complet = 149 à 249 € TTC et une visite sur place. Tant que votre diagnostic reste valide et que le logement n'a pas changé, la première option suffit.

L'enjeu pour un bailleur : le calendrier d'interdiction de location

Pour un propriétaire bailleur, sortir de la classe F ou G n'est pas un détail cosmétique : c'est ce qui conditionne le droit de louer. Le calendrier issu de la loi Climat et Résilience de 2021 est le suivant en France métropolitaine :

Classe DPE Interdiction de mise en location Statut en septembre 2026
G 1er janvier 2025 Déjà en vigueur
F 1er janvier 2028 Dans 16 mois
E 1er janvier 2034 Échéance longue

L'interdiction ne rompt pas les baux en cours : elle s'applique aux contrats signés, renouvelés ou tacitement reconduits à compter de chaque échéance. Le logement devient alors juridiquement indécent — le locataire peut en exiger la mise en conformité, saisir le juge et obtenir une réduction de loyer.

Un logement électrique qui passe de F à E grâce au recalcul gagne donc six années de tranquillité réglementaire : l'échéance saute du 1er janvier 2028 au 1er janvier 2034. C'est le temps d'amortir une rénovation, ou de vendre sans être adossé au mur. Notez que la vente, elle, n'a jamais été interdite quelle que soit la classe : seule la location l'est.

Exemple chiffré : ce que vaut une étiquette qui remonte d'un cran

Sophie possède un appartement de 65 m² en périphérie d'une ville moyenne, chauffé aux convecteurs électriques, classé F lors du diagnostic réalisé en 2023. Le prix de marché local pour un bien équivalent classé D est de 3 500 €/m². Déroulons.

  1. Valeur de référence en classe D : 65 m² × 3 500 € = 227 500 €.
  2. Décote « valeur verte » en classe F. Les Notaires de France observent une décote de 5 % à plus de 15 % pour les appartements F et G par rapport à un bien D équivalent. Retenons une hypothèse prudente de 8 % pour un F : −18 200 €. Valeur estimée : 209 300 €.
  3. Après recalcul, l'appartement passe en E. La décote résiduelle d'un E est nettement plus faible ; retenons 3 % : −6 825 €. Valeur estimée : 220 675 €.
  4. Écart de valorisation : 220 675 − 209 300 = 11 375 €, pour une démarche gratuite de cinq minutes.

Et ce n'est que la partie « prix de vente ». Si Sophie loue, le gain est double : elle échappe à l'échéance de 2028 et n'a plus l'obligation d'engager une rénovation d'ampleur, dont le reste à charge se chiffre couramment en dizaines de milliers d'euros même après aides. Sur un projet d'achat locatif, ces montants pèsent directement sur la capacité d'emprunt — notre simulateur de capacité d'emprunt permet d'en mesurer l'effet.

Les pourcentages de décote retenus ici sont des hypothèses de travail issues des fourchettes publiées : la décote réelle dépend fortement de la tension du marché local. Elle est plus marquée en zone détendue, plus faible dans les métropoles où la rareté prime.

Les quatre limites qu'il faut connaître avant de se réjouir

Le recalcul est une bonne nouvelle, pas un tour de magie. Quatre réserves méritent d'être posées.

  • Le logement n'est pas devenu plus performant. La facture d'électricité de votre locataire est exactement la même qu'avant. Seule la conversion comptable a changé — ce qui vaut à la réforme de sérieuses critiques.
  • Le confort d'été n'est pas concerné. Un logement mal isolé reste un logement mal isolé, et les épisodes de canicule pèsent de plus en plus dans les critères de choix des locataires.
  • Sortir de F ne rend pas éligible à tout. Certaines aides à la rénovation sont réservées aux logements les moins bien classés : améliorer son étiquette peut, paradoxalement, faire perdre l'accès à des dispositifs. Vérifiez avant d'engager un projet de travaux.
  • Les échéances suivantes tiennent toujours. Passer de F à E décale l'obligation à 2034, il ne la supprime pas. Pour un bien détenu sur vingt ans, la rénovation reste à programmer.

Que faire selon votre situation

Votre situation Action prioritaire
Bailleur d'un logement électrique classé F ou G Générer l'attestation ADEME immédiatement : elle peut débloquer une remise en location
Vendeur avec un DPE de 2022-2025 Attestation avant la mise en vente ; l'étiquette figure dans toutes les annonces
Acheteur en cours de négociation Vérifier si le bien a été recalculé — une décote négociée sur un F qui est devenu E est un argument
Logement au gaz ou au fioul Aucun effet ; la rénovation reste le seul levier
DPE expiré ou travaux réalisés depuis Nouveau diagnostic complet nécessaire (149-249 € TTC)

Dans tous les cas, la première étape est la même et ne coûte rien : sortez votre rapport de DPE, relevez le numéro ADEME, et allez vérifier. Le vocabulaire technique du diagnostic est détaillé dans notre glossaire de l'immobilier.

Sources et avertissement

Article éditorial à visée informative, ne constitue pas un conseil en investissement, ni un conseil juridique ou fiscal. Les pourcentages de décote utilisés dans l'exemple chiffré sont des hypothèses de travail issues des fourchettes publiées et non des valeurs officielles applicables à un bien donné. Chiffres arrêtés au 9 septembre 2026.