2026 ouvre la plus grosse vague de clôtures de PEL de l'histoire

Depuis mars 2026, des centaines de milliers d'épargnants français reçoivent un courrier auquel ils ne comprennent pas grand-chose : leur plan d'épargne logement a été clôturé d'office par leur banque, sans qu'ils aient rien demandé, rien signé, rien coché. Ce n'est ni une erreur ni une décision commerciale : c'est l'application mécanique d'une réforme votée en 2010, qui a plafonné à 15 ans la durée de vie de tout PEL ouvert à partir du 1er mars 2011.

Le calendrier est implacable. Selon la Banque de France, environ 3,2 millions de plans — soit 36 % du stock de PEL, pour 93 milliards d'euros d'encours — seront fermés automatiquement entre 2026 et 2030, avec un pic en 2030 (1,1 million de plans et 28 milliards d'euros la même année). C'est l'un des plus gros mouvements d'épargne de la décennie, et il se produit sans que personne ne décide rien : par défaut, l'argent atterrit sur un livret bancaire ordinaire rémunéré en moyenne 0,75 % brut.

L'essentiel : la clôture ne vous fait perdre aucun euro — capital et intérêts sont intégralement conservés. Ce que vous perdez, c'est le taux garanti, les droits à prêt et, pour les plans 2011-2017, la prime d'État. Le vrai risque n'est pas la clôture : c'est l'inertie des semaines qui suivent, quand 30 000 € dorment à 0,75 % brut au lieu de travailler à 1,70 % net ou 2,65 % brut.

Qui est concerné, et à quelle date exactement

La règle tient en une date d'ouverture. Les plans souscrits à partir du 1er mars 2011 ont une durée de vie légale maximale de 15 ans : au quinzième anniversaire à la date près, la banque clôture, sans démarche du titulaire et sans possibilité de prolongation. Un PEL ouvert le 12 mars 2011 est tombé le 12 mars 2026 ; un PEL ouvert en novembre 2011 tombera en novembre 2026.

  • PEL ouvert avant le 1er mars 2011 : non concerné. Il peut être conservé indéfiniment, et beaucoup de ces plans servent encore 2,50 % voire davantage. Ne le fermez surtout pas par confusion avec l'actualité.
  • PEL ouvert entre mars 2011 et janvier 2015 : clôture entre 2026 et janvier 2030, avec un taux garanti de 2,50 % brut — la génération la plus rémunératrice du lot.
  • PEL ouvert depuis 2016 : clôture à partir de 2031, souvent avec un taux de 1 % qui ne mérite aucun attachement particulier.
  • Versements déjà bloqués : un PEL ne peut plus être alimenté au-delà de 10 ans. Les plans de 2011 ne reçoivent plus un centime depuis 2021 — ils ne font que capitaliser jusqu'à l'échéance.

Pour vérifier votre situation, un seul document compte : le contrat d'ouverture (ou le premier relevé annuel), qui porte la date exacte et le taux garanti. Un conseiller peut se tromper de génération ; le contrat, non. Rappel utile au passage : le plafond de versements du PEL est de 61 200 €, mais les intérêts capitalisés peuvent porter le solde au-delà.

Ce que fait votre banque si vous ne faites rien

À l'échéance, le PEL se transforme automatiquement en livret d'épargne bancaire ordinaire, dont le taux est fixé librement par l'établissement. Ces livrets non réglementés servent en moyenne 0,75 % brut selon la Banque de France, et leurs intérêts sont fiscalisés, là où l'intérêt d'un PEL de 2011 était au moins protégé par un taux contractuel de 2,50 %.

Trois avantages disparaissent le jour de la clôture, et aucun ne se récupère ensuite :

  1. Le taux garanti à vie. Un contrat qui vous assurait 2,50 % brut jusqu'en 2026 devient un livret dont le taux peut être révisé à la baisse du jour au lendemain.
  2. Les droits à prêt. Ils permettent d'emprunter à un taux fixé d'avance pour une résidence principale ou des travaux. Utilisables encore un an après la clôture, ils sont ensuite définitivement perdus.
  3. La prime d'État (plans ouverts avant 2018 uniquement), qui n'est versée que si un prêt épargne logement est effectivement souscrit.

Notez enfin que la banque n'a aucune obligation de vous proposer une solution de remplacement pertinente. Dans les faits, l'argent reste souvent plusieurs mois sur le livret de substitution, le temps qu'un rendez-vous soit pris — et c'est précisément là que se joue le coût réel de l'opération.

Le taux que vous perdez dépend de votre génération de PEL

Tous les PEL ne se valent pas, loin de là. Le taux est figé à l'ouverture pour toute la durée du plan : entre un plan de 2011 et un plan de 2019, l'écart de rémunération est de 1,5 point. Le tableau ci-dessous recense les générations soumises à la clôture automatique, leur taux d'épargne brut hors prime, le taux du prêt épargne logement associé et la fenêtre de fermeture.

Période d'ouverture Taux d'épargne brut Taux du prêt PEL Fenêtre de clôture automatique
1er mars 2011 → 31 janv. 2015 2,50 % 4,20 % Mars 2026 → janv. 2030
1er févr. 2015 → 31 janv. 2016 2,00 % 3,20 % 2030 → janv. 2031
1er févr. 2016 → 31 juil. 2016 1,50 % 2,70 % 2031
1er août 2016 → 31 déc. 2022 1,00 % 2,20 % 2031 → 2037
Année 2023 2,00 % 3,20 % 2038
Année 2024 2,25 % 3,45 % 2039
Année 2025 1,75 % 2,95 % 2040
Depuis le 1er janv. 2026 2,00 % 3,20 % 2041

Deux enseignements. D'abord, les plans qui tombent en 2026 sont les mieux payés de la série : 2,50 % brut, quand un PEL ouvert aujourd'hui plafonne à 2 %. Ensuite, le taux de prêt de cette génération — 4,20 % — est le plus élevé du tableau, ce qui change complètement l'arbitrage sur les droits à prêt (voir plus bas).

Combien coûte l'inertie : le cas d'un PEL de 30 000 € ouvert en 2011

Prenons un plan ouvert le 15 juin 2011, rémunéré 2,50 % brut, dont le solde atteint 30 000 € au quinzième anniversaire (soit environ 20 700 € versés et 9 300 € d'intérêts capitalisés). Clôture automatique : 15 juin 2026. Déroulons le calcul, étape par étape.

  1. Intérêts bruts de la dernière année : 30 000 € × 2,50 % = 750 €.
  2. Fiscalité 2026 : le plan a dépassé 12 ans en juin 2023, ses intérêts sont donc imposés. Au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % (12,8 % d'impôt + 18,6 % de prélèvements sociaux), il reste 750 × (1 − 0,314) = 514,50 € nets, soit un rendement réel de 1,715 %.
  3. Après clôture, sans rien faire : les 30 000 € basculent sur un livret bancaire à 0,75 % brut, soit 225 € bruts et, après le même PFU, 154,35 € nets (0,51 %).
  4. Coût de l'inertie : 514,50 − 154,35 = 360,15 € par an. Sur cinq ans d'oubli, environ 1 800 € laissés sur la table.

Le chiffre le plus instructif est celui de l'étape 2 : ce fameux « 2,50 % » que tout le monde regrette ne valait plus que 1,715 % net en 2026, à peine plus que le Livret A à 1,70 % — lequel est, lui, totalement défiscalisé. Autrement dit, la clôture d'un PEL de 2011 n'est pas une catastrophe patrimoniale : c'est l'occasion de récupérer un rendement équivalent, voire supérieur, sur des supports mieux traités fiscalement.

L'essentiel : un PEL 2011 à 2,50 % brut fiscalisé = 1,715 % net. Le Livret A à 1,70 % net fait pratiquement jeu égal, un fonds en euros à 2,65 % brut fait mieux, et le livret ordinaire imposé par défaut à 0,75 % brut fait trois fois moins bien. Le seul mauvais scénario, c'est de ne rien faire.

La fiscalité 2026 du PEL, et le piège des deux étages de prélèvements sociaux

Le régime fiscal du PEL se lit en trois temps. Pour les plans ouverts depuis le 1er mars 2011, les prélèvements sociaux sont dus chaque année, « au fil de l'eau », sur les intérêts inscrits au 31 décembre. Pour les plans ouverts avant le 1er janvier 2018, l'impôt sur le revenu est en revanche épargné jusqu'au douzième anniversaire : la taxation à l'impôt ne commence qu'à partir de la treizième année. Les plans ouverts depuis 2018 subissent, eux, le PFU dès le premier euro d'intérêt — et n'ouvrent plus droit à la prime d'État.

Concrètement, un PEL de 2011 est fiscalisé depuis 2023, à un taux qui a lui-même bougé : le prélèvement forfaitaire unique est passé de 30 % à 31,4 % au 1er janvier 2026. Et c'est ici que se glisse l'arbitrage le plus rentable de tout le dossier : la fiscalité 2026 fonctionne désormais à deux étages.

Les intérêts de PEL, de livrets fiscalisés et de comptes à terme relèvent du taux haut : 18,6 % de prélèvements sociaux, soit 31,4 % tout compris. L'assurance-vie, l'immobilier et les SCPI conservent le taux historique de 17,2 %. À rendement brut égal, le support choisi change le résultat net.

Sur 30 000 €, ce simple écart de 1,4 point de prélèvements sociaux représente environ 11 € par an pour un rendement de 2,65 % — modeste isolément, mais qui s'ajoute à un différentiel de rendement brut déjà favorable au fonds en euros. Sur un contrat d'assurance-vie de plus de huit ans, l'impôt sur le revenu est en outre neutralisé lors des rachats grâce à l'abattement annuel de 4 600 € (9 200 € pour un couple), ce qui ramène la fiscalité effective aux seuls prélèvements sociaux.

Où replacer l'argent : le comparatif des destinations en septembre 2026

Voici les options réellement disponibles pour un capital libéré, avec le rendement net annuel calculé sur une base de 30 000 €. Les taux sont ceux constatés en septembre 2026 ; les rendements des fonds en euros et des marchés ne sont évidemment pas garantis pour l'avenir.

Destination Taux 2026 Fiscalité Net annuel sur 30 000 € Disponibilité
Livret A + LDDS (22 950 € + 12 000 €) 1,70 % Exonérés 510 € Immédiate
LEP (10 000 €, sous conditions de revenus) 2,50 % Exonéré 250 € (sur 10 000 €) Immédiate
Fonds en euros (assurance-vie) 2,65 % brut (moyenne 2025) PS 17,2 % au fil de l'eau 658 € Quelques jours
Compte à terme > 2 ans 2,90 % brut PFU 31,4 % 597 € Bloquée (pénalités)
Super-livret (hors offre promo) 1,63 % brut PFU 31,4 % 335 € Immédiate
Livret bancaire par défaut 0,75 % brut PFU 31,4 % 154 € Immédiate
PEA / ETF actions Non garanti PS 18,6 % après 5 ans Volatil, horizon 8 ans + Selon marché

Deux observations. Le duo Livret A + LDDS, souvent snobé, reproduit presque exactement le rendement net de l'ancien PEL (510 € contre 514,50 €) avec une liquidité totale et zéro fiscalité — c'est la solution de repli par défaut si les plafonds sont libres. Et le fonds en euros reprend la tête dès que l'horizon dépasse deux ou trois ans, avec 658 € nets, soit +148 € par an par rapport au PEL clôturé. Pour creuser ce point, notre analyse du rendement réel des fonds en euros en 2026 détaille les frais qui rognent ces moyennes, et notre point sur le Livret A après la hausse du 1er août resitue le taux de 1,70 % face à l'inflation.

Quelle allocation selon votre situation

Il n'existe pas de réponse unique : le bon arbitrage dépend de l'horizon d'utilisation de la somme et des plafonds déjà consommés. Voici l'ordre de priorité qui maximise le rendement net dans la très grande majorité des cas.

  1. Épuiser le LEP si vous y êtes éligible (revenu fiscal de référence sous plafond) : 2,50 % nets d'impôt sur 10 000 €, c'est le meilleur rapport rendement/risque du marché français, et 0,80 point de plus que le Livret A.
  2. Remplir Livret A puis LDDS à hauteur de l'épargne de précaution utile — en pratique trois à six mois de dépenses. Au-delà, l'exonération ne compense plus un rendement brut de 1,70 %.
  3. Basculer le solde sur un fonds en euros au sein d'un contrat d'assurance-vie sans frais sur versement. L'horizon minimum raisonnable est de deux ans, et l'antériorité fiscale des huit ans commence à courir dès l'ouverture : ouvrir le contrat au moment de la clôture du PEL, même avec 1 000 €, a une valeur en soi.
  4. Sécuriser un projet daté avec un compte à terme si la somme a une destination connue à 2-3 ans (apport, travaux) : 2,90 % brut, mais des pénalités en cas de sortie anticipée.
  5. Investir la fraction long terme (8 ans et plus) en unités de compte ou sur un PEA. Un capital d'un PEL clôturé se prête mal à un investissement en une fois : un étalement sur 12 à 24 mois lisse le point d'entrée. Vous pouvez projeter le résultat avec notre simulateur d'intérêts composés.

Un mot sur les offres promotionnelles à 4 % ou 4,50 % brut affichées par certaines banques en ligne : elles ne portent que sur deux à quatre mois, et le taux retombe ensuite au taux de base (1,63 % brut en moyenne). Sur douze mois, le rendement effectif d'un super-livret « boosté » dépasse rarement 2 % brut, soit environ 1,37 % net — moins qu'un fonds en euros.

Droits à prêt et prime d'État : le calcul que personne ne fait

C'est le point le plus mal traité du sujet. Un PEL de la génération 2011 donne droit à un prêt épargne logement à 4,20 %, très au-dessus du marché : en septembre 2026, les barèmes moyens tournent autour de 3,43 % sur 15 ans et 3,54 % sur 20 ans. La conclusion paraît évidente — le prêt PEL ne sert plus à rien. Elle est fausse dès qu'on intègre la prime d'État.

Pour les plans ouverts entre mars 2011 et janvier 2015, la prime vaut 2/5 des intérêts acquis, plafonnée à 1 000 € (1 525 € si le projet porte sur un logement performant énergétiquement), majorée de 100 € par personne à charge. Elle n'est versée qu'à une condition : souscrire un prêt épargne logement d'au moins 5 000 €. Reprenons notre plan de 30 000 € et déroulons.

  1. Prime théorique : 9 300 € d'intérêts acquis × 2/5 = 3 720 €, donc plafonnée à 1 000 €.
  2. Prime nette : elle est exonérée d'impôt mais supporte les prélèvements sociaux, soit 18,6 % en 2026 → 814 € nets.
  3. Surcoût du prêt PEL : pour 5 000 € empruntés sur 10 ans, la mensualité est de 51,10 € à 4,20 % contre 49,29 € à 3,43 %. Coût total : 6 132 € contre 5 915 €, soit 217 € d'intérêts supplémentaires.
  4. Solde de l'opération : 814 − 217 = +597 € en votre faveur.
L'essentiel : si — et seulement si — vous avez un projet éligible (achat ou travaux sur la résidence principale) dans l'année qui suit la clôture, un petit prêt PEL de 5 000 € déclenche une prime d'État de 814 € nets pour 217 € de surcoût d'intérêts. Sans projet éligible, la prime est inaccessible : elle n'est jamais versée « toute seule ».

Attention aux délais : les droits à prêt restent en principe mobilisables un an après la clôture, puis disparaissent. Demandez à votre banque une confirmation écrite de la date limite et du montant exact de vos droits — c'est un document qu'elle produit rarement spontanément.

Les cinq erreurs qui coûtent le plus cher

  1. Clôturer un PEL d'avant mars 2011 « pour anticiper ». Ces plans, non concernés par la règle des 15 ans, servent souvent 2,50 % brut à vie. Les fermer aujourd'hui, c'est renoncer volontairement au meilleur taux garanti de votre patrimoine.
  2. Laisser l'argent sur le livret de substitution. 0,75 % brut soit 0,51 % net : environ 360 € de manque à gagner annuel sur 30 000 €, pour un capital théoriquement disponible en 48 heures.
  3. Oublier les droits à prêt alors qu'un projet immobilier est en cours. La prime de 1 000 € brut s'évapore un an après la clôture, sans notification.
  4. Tout replacer sur un support unique. Un capital de 30 000 € n'a jamais un seul horizon : une partie sert d'épargne de précaution, une autre finance un projet à trois ans, le reste peut viser dix ans.
  5. Signer le contrat maison sans comparer les frais. Un fonds en euros à 2,65 % assorti de 3 % de frais sur versement rend 0 % la première année. Sur 30 000 €, ce sont 900 € prélevés d'entrée, quand les contrats en ligne facturent 0 %.

Le calendrier à respecter autour de la date anniversaire

L'échéance est connue quinze ans à l'avance : autant l'anticiper plutôt que la subir. Voici la séquence à suivre.

  • 6 mois avant : retrouver le contrat d'ouverture, noter la date exacte des 15 ans, le taux garanti et le montant des intérêts acquis (base de calcul de la prime et des droits à prêt).
  • 3 mois avant : arbitrer sur le projet immobilier. Un prêt épargne logement ne s'improvise pas : montage du dossier, accord de la banque, éventuelle cession de droits à prêt d'un proche.
  • 1 mois avant : ouvrir le contrat d'assurance-vie destiné à recevoir les fonds, pour que l'antériorité fiscale commence à courir sans attendre le virement.
  • Le mois de la clôture : vérifier sur le relevé le montant total transféré (capital + intérêts de la dernière année, nets de prélèvements) et l'identifiant du compte de destination.
  • Dans les 30 jours : exécuter l'allocation décidée. Passé ce délai, l'argent s'installe sur le livret par défaut, et l'inertie fait le reste.

Un dernier repère pour situer l'enjeu collectif : avec 93 milliards d'euros à réallouer d'ici 2030, ce sont environ 1,8 milliard d'euros d'intérêts bruts annuels qui se jouent entre le livret par défaut à 0,75 % et une allocation à 2,65 % brut. La bataille commerciale entre banques et assureurs sur ces encours ne fait que commencer — raison de plus pour arriver au rendez-vous avec ses propres chiffres.

Note éditoriale et sources

Article éditorial à visée informative, ne constitue pas un conseil en investissement. Les taux et barèmes cités sont ceux constatés en septembre 2026 et peuvent évoluer ; les rendements passés des fonds en euros et des marchés financiers ne préjugent pas des rendements futurs. Vérifiez votre situation personnelle auprès de votre banque ou d'un conseiller.