La « flat tax à 30 % » n'existe plus vraiment

Pendant sept ans, la fiscalité de l'épargne française tenait dans un chiffre : 30 %. Depuis le 1er janvier 2026, ce chiffre est faux dans la majorité des cas. La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 a relevé la CSG sur une large partie des revenus du capital de 9,2 % à 10,6 %, portant les prélèvements sociaux de 17,2 % à 18,6 % — et le prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 % à 31,4 %.

Mais tous les placements ne sont pas logés à la même enseigne : la réforme a créé une fiscalité à deux étages. Un dividende d'action est taxé à 31,4 %, un rachat d'assurance-vie reste à 30 %. Ce guide déroule les deux barèmes, les calculs pas à pas, le seuil exact à partir duquel l'option pour le barème progressif devient gagnante, et les démarches à faire avant le 30 novembre.

L'essentiel : en 2026, le PFU vaut 31,4 % (12,8 % d'impôt sur le revenu + 18,6 % de prélèvements sociaux) sur les dividendes, les intérêts, les plus-values mobilières et les actifs numériques. Il reste à 30 % (prélèvements sociaux à 17,2 %) sur l'assurance-vie, l'épargne logement et les revenus immobiliers. L'option pour le barème progressif ne devient intéressante qu'à partir d'une tranche marginale d'imposition inférieure ou égale à 11 %.

De quoi sont faits les 31,4 %

Le PFU n'est pas un impôt unique mais un empilement de prélèvements. Le connaître ligne à ligne évite les mauvaises surprises — et permet de comprendre pourquoi seule une partie est déductible.

ComposanteTaux 2026 (étage haut)Taux 2026 (étage bas)Nature
Impôt sur le revenu forfaitaire12,80 %12,80 %Impôt d'État
CSG10,60 %9,20 %Prélèvement social
CRDS0,50 %0,50 %Prélèvement social
Prélèvement de solidarité7,50 %7,50 %Prélèvement social
Total prélèvements sociaux18,60 %17,20 %
Taux global du PFU31,40 %30,00 %

Un détail a son importance et il est passé inaperçu : la fraction de CSG déductible du revenu imposable n'a pas bougé. Elle reste fixée à 6,8 %, alors que la CSG payée grimpe à 10,6 %. Autrement dit, la hausse de 1,4 point n'est compensée par aucune déduction supplémentaire. Et cette déductibilité ne joue de toute façon que si tu optes pour le barème progressif : avec le PFU, aucune CSG n'est déductible.

Qui paie 31,4 %, qui reste à 30 % : le tableau de référence

C'est le tableau à garder sous la main. La ligne de partage suit une logique simple, quoique imparfaite : les revenus de placements financiers passent à 18,6 % de prélèvements sociaux ; l'assurance-vie, l'épargne logement et les revenus immobiliers conservent 17,2 %.

Revenu ou supportPrélèvements sociauxTaxation globale 2026
Dividendes d'actions (compte-titres)18,6 %31,4 %
Intérêts : livrets fiscalisés, comptes à terme, obligations18,6 %31,4 %
Plus-values de cession de titres (compte-titres)18,6 %31,4 %
Plus-values sur actifs numériques (crypto)18,6 %31,4 %
PEA de plus de 5 ans (retrait)18,6 %18,6 % (impôt sur le revenu exonéré)
Épargne salariale (PEE, participation, intéressement placé)18,6 %18,6 % (impôt sur le revenu exonéré)
PER : gains lors d'une sortie en capital18,6 %31,4 % sur la part de gains
Assurance-vie de moins de 8 ans17,2 %30,0 %
Assurance-vie de plus de 8 ans (primes < 150 000 €)17,2 %24,7 %, après abattement de 4 600 € / 9 200 €
PEL, CEL, PEP17,2 %30,0 %
Revenus fonciers (location nue)17,2 %Barème de l'impôt sur le revenu + 17,2 %
Plus-value immobilière (hors résidence principale)17,2 %19 % + 17,2 % = 36,2 % avant abattements de durée
Loyers meublés (LMNP, bénéfices industriels et commerciaux)18,6 %Barème de l'impôt sur le revenu + 18,6 %
Livret A, LDDS, LEP0 %0 % — exonération totale

Deux lectures s'imposent. La première : l'assurance-vie sort renforcée de la réforme. À partir de huit ans, avec l'abattement annuel et des prélèvements sociaux restés à 17,2 %, elle affiche l'écart le plus large avec le compte-titres depuis la création du PFU. La seconde : l'écart entre location nue et location meublée s'est inversé, le meublé supportant désormais 1,4 point de prélèvements sociaux de plus que le nu, alors qu'il était traité à l'identique jusqu'en 2025.

Exemple chiffré : 3 000 € de dividendes, PFU contre barème

Julien, célibataire, perçoit 3 000 € de dividendes sur son compte-titres en 2026. Voici les trois scénarios, calculés pas à pas.

Scénario 1 — le PFU (option par défaut).

  1. Impôt sur le revenu : 3 000 × 12,8 % = 384 €
  2. Prélèvements sociaux : 3 000 × 18,6 % = 558 €
  3. Total dû : 942 € — il lui reste 2 058 €

Scénario 2 — option barème, tranche marginale à 30 %.

  1. Abattement de 40 % réservé aux dividendes : base imposable = 3 000 × 60 % = 1 800 €
  2. Impôt brut : 1 800 × 30 % = 540 €
  3. CSG déductible : 3 000 × 6,8 % = 204 €, déduits du revenu global, soit une économie de 204 × 30 % = 61,20 €
  4. Impôt net : 540 − 61,20 = 478,80 € ; prélèvements sociaux : 558 €
  5. Total dû : 1 036,80 € — soit 94,80 € de plus que le PFU

Scénario 3 — option barème, tranche marginale à 11 %.

  1. Base imposable après abattement : 1 800 €
  2. Impôt brut : 1 800 × 11 % = 198 € ; économie liée à la CSG déductible : 204 × 11 % = 22,44 €
  3. Impôt net : 175,56 € ; prélèvements sociaux : 558 €
  4. Total dû : 733,56 € — soit 208,44 € de moins que le PFU

Le verdict est net : à tranche marginale de 30 % ou plus, le PFU l'emporte systématiquement. À 11 %, le barème fait gagner plus de 200 € sur cet exemple. À 0 %, le gain atteint 384 € — la totalité de l'impôt sur le revenu, les prélèvements sociaux restant dus dans tous les cas.

L'option pour le barème : trois règles à connaître avant de cocher la case

L'option s'exerce en cochant la case 2OP de la déclaration de revenus. Trois règles encadrent ce choix, et chacune peut coûter cher si elle est ignorée.

  • Elle est globale. Cocher 2OP soumet au barème tous les revenus de capitaux mobiliers et plus-values de l'année : impossible de choisir le barème pour ses dividendes et le PFU pour ses intérêts.
  • Elle est annuelle et irrévocable une fois la déclaration validée : elle doit être réévaluée chaque printemps, en fonction des revenus effectivement perçus.
  • Elle ouvre deux avantages exclusifs : l'abattement de 40 % sur les dividendes, et la déductibilité de 6,8 % de CSG du revenu global de l'année suivante. Ces deux mécanismes n'existent pas sous le régime du PFU.

Un piège classique mérite d'être signalé : l'option au barème augmente le revenu fiscal de référence et le revenu imposable, ce qui peut faire perdre le bénéfice d'aides ou d'exonérations calées sur ces seuils (éligibilité au LEP, taux de CSG sur les pensions de retraite, bourses, etc.). Le gain fiscal de quelques dizaines d'euros peut alors être annulé par un effet de seuil bien plus coûteux.

À partir de quelle tranche le barème devient-il gagnant ?

Le tableau ci-dessous donne le taux global d'imposition effectif, prélèvements sociaux compris, pour 100 € de revenu brut. Le barème 2026 (revenus 2025) comporte cinq tranches par part : 0 % jusqu'à 11 600 €, 11 % jusqu'à 29 579 €, 30 % jusqu'à 84 577 €, 41 % jusqu'à 181 917 €, puis 45 %.

Tranche marginaleDividendes au barèmeIntérêts au barèmePFUChoix gagnant
0 %18,6 %18,6 %31,4 %Barème, très largement
11 %24,5 %28,9 %31,4 %Barème
30 %34,6 %46,6 %31,4 %PFU
41 %40,4 %56,8 %31,4 %PFU
45 %42,5 %60,5 %31,4 %PFU

La bascule se situe donc entre 11 % et 30 % de tranche marginale, et l'écart se creuse très vite au-delà : pour des intérêts perçus par un contribuable à 41 %, le barème coûte 25 points de plus que le PFU. Retiens la règle pratique : tranche à 0 % ou 11 % → coche 2OP après vérification ; tranche à 30 % et au-delà → laisse le PFU s'appliquer. Pour situer ta propre tranche, notre simulateur d'impôt sur le revenu donne le résultat en quelques secondes.

L'essentiel : l'option pour le barème n'est pas une astuce d'optimisation réservée aux gros patrimoines — c'est exactement l'inverse. Elle profite aux foyers peu ou pas imposables, qui subissent sinon 12,8 % d'impôt sur le revenu alors qu'ils n'en paient pas sur leurs salaires. Chaque année, des milliers de contribuables non imposables oublient la case 2OP et versent un impôt qu'ils ne doivent pas.

La dispense d'acompte : la démarche à faire avant le 30 novembre 2026

Quand ta banque te verse des dividendes ou des intérêts, elle prélève immédiatement un acompte d'impôt sur le revenu de 12,8 %, ainsi que les prélèvements sociaux. Cet acompte n'est pas l'impôt définitif : il est régularisé l'année suivante, l'excédent étant restitué. En clair, tu avances de la trésorerie à l'administration pendant plus d'un an.

Les foyers modestes peuvent y échapper en demandant une dispense d'acompte. Les conditions tiennent au revenu fiscal de référence de l'avant-dernière année :

  • Intérêts (livrets fiscalisés, comptes à terme, obligations) : revenu fiscal de référence inférieur à 25 000 € pour une personne seule, 50 000 € pour un couple soumis à imposition commune.
  • Dividendes : revenu fiscal de référence inférieur à 50 000 € pour une personne seule, 75 000 € pour un couple.

La demande prend la forme d'une attestation sur l'honneur à adresser à chaque établissement payeur, au plus tard le 30 novembre pour une application sur les revenus de l'année suivante. Elle n'est pas reconduite automatiquement : elle doit être renouvelée chaque année. Concrètement, une attestation envoyée avant le 30 novembre 2026 vaut pour les intérêts et dividendes encaissés en 2027.

Attention au malentendu le plus répandu : une dispense d'acompte n'est pas une exonération. L'impôt reste dû, il sera simplement calculé lors de la déclaration. Demander une dispense sans y avoir droit expose à une amende de 10 % du montant non prélevé.

Les trois enveloppes qui neutralisent la flat tax

La meilleure stratégie face au PFU consiste rarement à choisir entre 31,4 % et le barème : elle consiste à ne pas y être soumis. Trois enveloppes le permettent, chacune avec ses contraintes.

  1. Le PEA. Au-delà de cinq ans de détention, les gains sont exonérés d'impôt sur le revenu ; seuls les prélèvements sociaux à 18,6 % restent dus au moment du retrait. Contraintes : plafond de versements de 150 000 €, univers d'investissement limité aux titres européens et aux ETF éligibles. Notre guide du PEA détaille son fonctionnement, et notre comparatif PEA ou compte-titres tranche selon les profils.
  2. L'assurance-vie. Prélèvements sociaux maintenus à 17,2 %, taux d'impôt sur le revenu réduit à 7,5 % après huit ans dans la limite de 150 000 € de primes, et abattement annuel de 4 600 € (9 200 € pour un couple) sur la part de gains rachetée. C'est la grande gagnante relative de la réforme 2026.
  3. L'épargne salariale (PEE). Après le blocage de cinq ans, les gains échappent à l'impôt sur le revenu et ne supportent que 18,6 % de prélèvements sociaux — avec, en prime, l'abondement de l'employeur.

Le compte-titres ordinaire garde son utilité : aucun plafond, aucune contrainte géographique, accès aux titres américains et aux ETF non éligibles au PEA. Mais chaque euro de gain y coûte 31,4 %. Une règle d'allocation simple en découle : saturer d'abord les enveloppes, loger sur le compte-titres ce qui ne peut aller nulle part ailleurs. Cette hiérarchie est développée dans notre analyse sur où loger ses ETF face à la hausse des prélèvements sociaux.

Exemple chiffré : 20 000 € de plus-value selon l'enveloppe

Sophie a placé 50 000 € il y a dix ans sur un ETF actions. Sa position vaut aujourd'hui 70 000 €, soit 20 000 € de plus-value. Elle liquide la totalité. Voici ce qu'il lui reste, selon l'enveloppe utilisée à l'époque.

EnveloppeImpôt sur le revenuPrélèvements sociauxTotal prélevéGain net
Compte-titres ordinaire2 560 € (12,8 %)3 720 € (18,6 %)6 280 €13 720 €
Assurance-vie de plus de 8 ans1 155 € (7,5 % après abattement de 4 600 €)3 440 € (17,2 %)4 595 €15 405 €
PEA de plus de 5 ans0 €3 720 € (18,6 %)3 720 €16 280 €

Entre le compte-titres et le PEA, l'écart atteint 2 560 € sur une même performance — soit 12,8 % du gain, c'est-à-dire exactement l'impôt sur le revenu forfaitaire économisé. Sur un portefeuille conservé vingt ans avec des retraits échelonnés, ce type d'écart se compte en dizaines de milliers d'euros. L'enveloppe n'est pas un détail administratif : c'est la première décision d'investissement, avant même le choix des supports.

Cinq erreurs qui coûtent cher en 2026

  • Croire que la flat tax est toujours à 30 %. Un rendement affiché de 4 % brut sur un compte à terme ne laisse plus 2,80 % net mais 2,744 %. Sur 50 000 € placés, les 1,4 point de prélèvements sociaux supplémentaires coûtent 28 € par an.
  • Cocher 2OP sans simuler. À tranche marginale de 30 %, l'option coûte de l'argent, comme le montre l'exemple de Julien. Le simulateur officiel des impôts calcule les deux hypothèses avant validation de la déclaration.
  • Oublier la dispense d'acompte quand on y a droit. Un foyer non imposable qui perçoit 2 000 € d'intérêts avance 256 € au fisc pendant plus d'un an, sans aucune obligation de le faire.
  • Vider un PEA de plus de cinq ans pour arbitrer. Depuis 2019, un retrait après cinq ans n'entraîne plus la clôture du plan, mais il ferme définitivement la possibilité de reverser au-delà du plafond de 150 000 €.
  • Négliger les moins-values. Les moins-values de cession de valeurs mobilières s'imputent sur les plus-values de même nature de l'année, puis sont reportables dix ans. Elles doivent être déclarées pour être conservées — un stock oublié est un stock perdu.

L'essentiel : la hausse de 1,4 point paraît anodine, elle ne l'est pas. Sur un portefeuille de 100 000 € produisant 5 % de gains annuels effectivement réalisés, elle coûte 70 € par an, soit environ 1 400 € cumulés sur vingt ans. C'est précisément l'ordre de grandeur qu'un simple arbitrage d'enveloppe — PEA ou assurance-vie plutôt que compte-titres — permet d'annuler.

Sources et avertissement

Article éditorial à visée informative, ne constitue pas un conseil en investissement ni un conseil fiscal personnalisé. Les taux et barèmes cités sont ceux applicables en 2026, connus au 2 septembre 2026. Chaque situation dépend de la composition du foyer fiscal : en cas de doute, rapproche-toi de ton service des impôts ou d'un professionnel.