« Je n'ai rien vendu » : ce que ça change (et ce que ça ne change pas)

Commençons par la bonne nouvelle, celle qui rassure à juste titre : en France, la simple détention de cryptomonnaies n'est pas imposable. Si vous avez acheté du Bitcoin ou de l'Ether et que vous les gardez — la fameuse stratégie « HODL » —, la hausse de votre portefeuille n'est qu'une plus-value latente. Aucun impôt n'est dû tant que vous ne sortez pas vers des euros. Vous n'avez d'ailleurs aucune valeur de portefeuille à « déclarer » à ce titre.

Le piège est ailleurs, dans une confusion de vocabulaire qui coûte cher chaque printemps : « ne rien payer » n'est pas « ne rien déclarer ». Le fisc distingue deux choses totalement différentes — l'imposition d'un gain (qui suppose une vente) et l'obligation déclarative (qui, elle, peut exister sans la moindre vente). On peut donc parfaitement n'avoir aucun impôt à payer et pourtant avoir des cases obligatoires à remplir — sous peine d'amende.

L'essentiel : garder ses cryptos sans vendre = zéro impôt. Mais deux obligations déclaratives peuvent malgré tout vous concerner : le compte ouvert sur une plateforme à l'étranger, et les récompenses (staking, lending). On les passe en revue ci-dessous.

Le vrai piège : le compte sur une plateforme étrangère (formulaire 3916-bis)

C'est l'oubli le plus fréquent et le plus sanctionné. Si vous détenez un compte sur une plateforme domiciliée hors de France — Binance, Kraken, Coinbase, Bitpanda, Crypto.com, Bitstamp… —, vous devez le déclarer chaque année, via le formulaire 3916-bis. Et cette obligation est totalement indépendante du fait d'avoir vendu : elle s'applique même si vous n'avez fait qu'acheter et garder, même si le compte est resté inactif, même s'il est vide.

La règle vaut pour chaque compte « ouvert, détenu, utilisé ou clos » dans l'année — donc une ligne par plateforme. Et la sanction n'est pas symbolique :

  • 750 € d'amende par compte non déclaré ;
  • montant porté à 1 500 € si la valeur du compte a dépassé 50 000 € à un moment de l'année.
Concrètement : un investisseur qui a un compte Binance et un compte Kraken, n'a rien vendu de l'année, mais oublie de cocher la case « comptes d'actifs numériques à l'étranger » s'expose à 1 500 € d'amende (750 € × 2) — pour des gains qui valent peut-être zéro.

Bonne nouvelle en revanche pour le self-custody : si vos cryptos sont sur un wallet dont vous détenez les clés privées (Ledger, une autre cold wallet, MetaMask…), il est considéré comme non-custodial et n'a pas à être déclaré via le 3916-bis. Le formulaire ne vise que les comptes « dépositaires », ceux où une plateforme tierce détient vos fonds à votre place.

Mise à jour 2026 : la déclaration des wallets à 5 000 € n'aura finalement pas lieu

Voici le point sur lequel la plupart des articles publiés fin 2025 se trompent encore. En décembre 2025, un amendement adopté en commission à l'Assemblée nationale prévoyait d'obliger les détenteurs à déclarer chaque année la valeur de leurs wallets auto-hébergés (Ledger, MetaMask…) dès qu'elle dépassait 5 000 €. La nouvelle a fait grand bruit dans l'écosystème — et beaucoup de guides en ligne la présentent toujours comme une règle en vigueur.

Or ce n'est pas le cas. Lors de la commission mixte paritaire du 28 avril 2026, les parlementaires ont écarté cette disposition. La mesure n'est donc jamais entrée en vigueur : à ce jour, vos portefeuilles self-custody n'ont aucune déclaration de valeur à effectuer, quel que soit leur montant.

À retenir : en 2026, seul le compte sur plateforme étrangère (custodial) doit être déclaré, via le 3916-bis. Le projet de déclaration obligatoire des wallets personnels au-delà de 5 000 € a été abandonné — méfiez-vous des articles non mis à jour qui affirment le contraire.

Le second piège : staking, lending et récompenses (un revenu, même sans vendre)

Deuxième cas où « ne rien vendre » ne suffit pas. Si vous faites travailler vos cryptos — staking, lending, rendement sur une plateforme — les récompenses que vous touchez ne sont pas de simples plus-values latentes. Pour l'administration, ce sont des revenus imposables dès leur réception, à leur valeur en euros au cours du jour où elles tombent sur votre compte — même si vous ne les avez jamais converties en euros.

Autrement dit, recevoir 0,05 ETH de récompense de staking en octobre crée un revenu imposable en octobre, à la valeur de ces 0,05 ETH ce jour-là. En pratique, pour du staking passif, ces revenus sont le plus souvent reportés en case 2TR de la déclaration (revenus de capitaux mobiliers) et soumis par défaut à la flat tax de 31,4 %. À noter : la nature fiscale exacte de ces récompenses (BNC, BIC ou revenus mobiliers) reste discutée selon les situations — en cas de montants importants, l'avis d'un professionnel est précieux.

Le piège de la double couche : vos récompenses sont imposées une première fois à la réception (en tant que revenu), puis, le jour où vous les revendez en euros, la plus-value réalisée depuis ce jour est imposée une seconde fois à la flat tax. Garder une trace du cours à la date de chaque récompense est donc indispensable.

À l'inverse, rassurez-vous sur un point très mal compris : tant que vous restez en crypto, arbitrer entre jetons (échanger du Bitcoin contre de l'Ether, passer par un stablecoin) reste fiscalement neutre, en vertu de l'article 150 VH bis du Code général des impôts. Ces opérations ne déclenchent pas d'impôt — mais elles doivent être suivies, car elles modifient le prix d'acquisition de votre portefeuille pour le jour où vous vendrez vraiment.

Récapitulatif : ai-je quelque chose à déclarer cette année ?

Trois questions simples pour savoir où vous en êtes, même si vous n'avez rien vendu :

  • Avez-vous un compte sur une plateforme étrangère ? (Binance, Kraken, Coinbase…) → Oui : formulaire 3916-bis obligatoire, un par compte, même sans vente. Sinon (uniquement Ledger / self-custody) : rien à déclarer à ce titre.
  • Avez-vous touché des récompenses de staking ou de lending ? → Oui : ce sont des revenus à déclarer (souvent case 2TR), même non convertis en euros. Sinon : rien.
  • Avez-vous vendu vers des euros (ou payé en crypto) pour plus de 305 € au total ? → Oui : vous basculez dans le régime des plus-values (formulaire 2086). Sinon : la plus-value est exonérée.
À retenir : on peut n'avoir aucun impôt à payer et pourtant devoir cocher des cases. Le réflexe gagnant : déclarer ses comptes étrangers (3916-bis) chaque année par principe, et tenir un tableau de ses récompenses de staking au fil de l'eau.

Et le jour où vous franchirez le pas de la vente ? On vous explique le calcul complet (prix moyen pondéré, formulaire 2086, report en 2042-C) dans notre guide dédié : « Déclarer ses plus-values crypto en 2026 : le guide du formulaire 2086 ». Pour replacer vos décisions dans le temps long du marché, relisez aussi « Bitcoin : comprendre les cycles de marché » et, sur la séquence récente, « Krach crypto de juin 2026 : faut-il acheter le creux ? ».

Article éditorial à visée informative publié par NokxiHub le 25 juin 2026. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni un conseil fiscal. Les crypto-actifs sont volatils et présentent un risque de perte en capital. Les règles déclaratives évoluent : vérifiez les seuils et formulaires en vigueur l'année de votre déclaration et, en cas de doute, rapprochez-vous d'un professionnel ou de l'administration fiscale. Sources : impots.gouv.fr, article 150 VH bis du Code général des impôts, BOFiP, et suivi parlementaire de la loi de finances 2026 (commission mixte paritaire du 28 avril 2026).