Ce qui déclenche l'impôt (et le mythe du crypto-to-crypto)

La règle française est plus clémente qu'on ne le croit, mais souvent mal comprise. Tant que vos cryptos restent des cryptos, vous n'êtes pas imposé. Échanger du Bitcoin contre de l'Ethereum, passer par un stablecoin, arbitrer entre dix jetons : tout cela est fiscalement neutre. C'est le fameux principe « crypto-to-crypto » non imposable, inscrit à l'article 150 VH bis du Code général des impôts.

L'impôt ne se déclenche qu'au moment où vous sortez vers de la monnaie « réelle » (euros, dollars) ou que vous payez un bien ou un service en crypto. Autre garde-fou utile : si le total de vos cessions imposables de l'année ne dépasse pas 305 €, la plus-value est exonérée.

L'essentiel : seules les conversions en euros (ou les achats réglés en crypto) sont imposables. Vos arbitrages entre cryptomonnaies ne le sont pas — mais ils doivent quand même être suivis, car ils modifient le prix d'acquisition de votre portefeuille.

Le calcul : le prix moyen pondéré, pas le « FIFO »

Erreur classique : croire qu'on calcule la plus-value crypto par crypto, ou « premier entré, premier sorti » (FIFO). En France, la méthode est globale : on raisonne sur l'ensemble du portefeuille d'actifs numériques. À chaque vente vers des euros, la plus-value imposable suit cette formule :

Plus-value = Prix de cession − (Prix total d'acquisition du portefeuille × Prix de cession ÷ Valeur globale du portefeuille au moment de la vente).

Un exemple concret. Vous avez investi 10 000 € au total (votre prix total d'acquisition). Votre portefeuille vaut aujourd'hui 25 000 €. Vous retirez 5 000 € vers votre compte bancaire :

  • Part du portefeuille cédée : 5 000 ÷ 25 000 = 20 %.
  • Prix d'acquisition correspondant : 10 000 × 20 % = 2 000 €.
  • Plus-value imposable : 5 000 − 2 000 = 3 000 €.
  • Impôt à la flat tax : 3 000 × 31,4 % = 942 €.

À noter pour 2026 : la flat tax (PFU) passe à 31,4 % (12,8 % d'impôt sur le revenu + 18,6 % de prélèvements sociaux, après la hausse de la CSG), contre 30 % auparavant.

Remplir le formulaire 2086, ligne par ligne

Le formulaire 2086 est le cœur de la déclaration. On y inscrit une ligne par cession imposable de l'année (chaque sortie vers des euros), avec :

  • la date de la cession ;
  • le prix de cession (ce que vous avez récupéré en euros) ;
  • le prix total d'acquisition de l'ensemble du portefeuille ;
  • la valeur globale du portefeuille à la date de la vente.

Le formulaire calcule automatiquement la plus ou moins-value de chaque ligne, puis la somme annuelle. Ce résultat se reporte ensuite sur la déclaration 2042-C : case 3AN pour une plus-value globale, case 3BN pour une moins-value (imputable sur les gains de la même année).

Le point pénible : il faut reconstituer le prix total d'acquisition et la valeur du portefeuille à chaque vente. Tenir un tableur (ou utiliser un agrégateur fiscal crypto) tout au long de l'année évite la panique du mois de mai.

L'oubli qui coûte cher : le formulaire 3916-bis

Même si vous n'avez rien vendu, si vous détenez un compte sur une plateforme étrangère (Binance, Kraken, Coinbase…), vous devez le déclarer chaque année via le formulaire 3916-bis — un par compte ouvert, détenu, utilisé ou clos dans l'année. Cette obligation est indépendante de la réalisation d'une plus-value, et son oubli est sanctionné par une amende forfaitaire (750 € par compte non déclaré, portée à 1 500 € si la valeur dépasse 50 000 €).

Enfin, le choix entre flat tax et barème progressif : par défaut, c'est la flat tax à 31,4 %. Mais vous pouvez opter pour le barème de l'impôt sur le revenu (case 2OP de la 2042) — intéressant uniquement si votre tranche marginale est faible (0 % ou 11 %). Depuis 2026, cette option est en outre devenue révocable.

À retenir : 2086 pour les plus-values (report en 3AN/3BN sur la 2042-C), 3916-bis pour chaque compte à l'étranger, et case 2OP si le barème est plus avantageux que les 31,4 % de la flat tax.

Pour replacer tout ça dans le temps long du marché, relisez « Bitcoin : comprendre les cycles de marché » et, pour la séquence récente, « Krach crypto de juin 2026 : faut-il acheter le creux ? ».

Article éditorial à visée informative publié par NokxiHub le 17 juin 2026. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni un conseil fiscal. Les crypto-actifs sont volatils et présentent un risque de perte en capital. Le cas chiffré est simplifié ; votre situation réelle dépend de l'ensemble de vos cessions de l'année. Rapprochez-vous d'un professionnel ou de l'administration fiscale. Sources : impots.gouv.fr, article 150 VH bis du CGI, BOFiP (2026).