0,33 % contre 1,37 % : l'écart qui vaut des dizaines de milliers d'euros

C'est la donnée la plus importante — et la plus ignorée — de votre épargne. Selon la dernière Lettre de l'Observatoire de l'épargne de l'AMF (avril 2026), un ETF actions coté a facturé en moyenne 0,33 % de frais annuels en 2025, quand un fonds actions géré activement en a prélevé 1,37 % — soit un rapport de 1 à 4. Un point de pourcentage d'écart : sur un relevé annuel, c'est invisible. Sur une vie d'épargnant, c'est l'équivalent d'une voiture neuve, parfois d'un apport immobilier.

Ce dossier chiffre précisément ce que cet écart coûte à trois horizons (10, 20 et 30 ans), déroule le calcul pas à pas, et passe en revue les couches de frais que l'on ne voit pas — de l'assurance-vie en gestion pilotée aux frais de transaction. Tous les montants sont calculés avec la même méthode, que vous pouvez reproduire avec notre simulateur d'intérêts composés.

L'essentiel : avec 10 000 € de départ et 200 € par mois à 6,5 % brut par an, l'écart entre un portefeuille à 0,33 % de frais et un portefeuille à 1,37 % atteint 16 000 € sur 20 ans et près de 50 000 € sur 30 ans. Les frais sont le seul paramètre de performance que vous contrôlez à 100 %.

Ce que dit l'AMF : les frais moyens constatés en France

Les chiffres qui suivent ne sont pas des estimations marketing : ils proviennent de l'Observatoire de l'épargne de l'AMF, qui suit chaque année les frais courants réellement facturés par les fonds distribués en France. La bonne nouvelle : la décrue se poursuit. Les fonds actifs actions sont passés de 1,47 % de frais moyens en 2024 à 1,37 % en 2025, et les ETF actions de 0,36 % à 0,33 %. La mauvaise : l'écart relatif, lui, ne se referme pas.

Type de support (actions) Frais annuels moyens (2025) Tendance
ETF indiciels cotés0,33 %En légère baisse (0,36 % en 2024)
Fonds indiciels non cotés0,75 %Stable
Fonds gérés activement1,37 %En baisse (1,47 % en 2024)
Assurance-vie en gestion pilotée (toutes couches)1,20 % à 1,80 %Selon contrat et mandat

L'AMF résume l'écart entre gestion indicielle et gestion active à environ 100 points de base (1 point de pourcentage) de frais courants par an. C'est précisément ce point de pourcentage que nous allons faire travailler — contre vous — dans les simulations qui suivent.

Pourquoi 1 % de frais ne coûte pas 1 % : la double peine

L'intuition trompe doublement. D'abord, les frais de gestion sont prélevés sur le capital, pas sur les gains : un fonds qui facture 1,37 % les prélève même les années où il perd de l'argent. Ensuite, rapportés à la performance espérée, ils sont énormes : si un portefeuille actions mondial délivre 6,5 % brut par an en moyenne, des frais de 1,37 % en captent 21 % — plus d'un cinquième de votre performance part chaque année, avant même l'impôt.

La seconde peine est plus sournoise : chaque euro prélevé cette année ne produira plus jamais d'intérêts composés. Les frais de l'année 1 vous coûtent donc 29 années de capitalisation sur un horizon de 30 ans. C'est pour cela que l'écart entre deux portefeuilles à frais différents ne croît pas linéairement mais s'accélère avec le temps — comme le montre la simulation ci-dessous.

La simulation complète : 10, 20 et 30 ans, quatre niveaux de frais

Méthode : nous partons d'un capital initial de 10 000 €, complété par 200 € de versement mensuel, avec une performance brute hypothétique de 6,5 % par an (ordre de grandeur historique d'un portefeuille actions mondial diversifié, jamais garanti). Seule variable : les frais annuels, aux quatre niveaux moyens constatés plus haut. Les montants sont arrondis à l'euro, avant fiscalité.

Horizon (total versé) ETF 0,33 % Indiciel 0,75 % Fonds actif 1,37 % Pilotée 1,80 %
10 ans (34 000 €)50 977 €49 571 €47 570 €46 233 €
20 ans (58 000 €)125 547 €118 783 €109 530 €103 588 €
30 ans (82 000 €)261 247 €239 839 €211 712 €194 378 €

Lisez la dernière ligne : à 30 ans, l'écart entre l'ETF moyen et le fonds actif moyen atteint 49 535 € — et 66 869 € face à une gestion pilotée à 1,80 %. À ce stade, les frais cumulés ont coûté plus des trois quarts du total de vos propres versements (82 000 €). Et l'accélération est nette : l'écart ETF/fonds actif passe de 3 407 € à 10 ans, à 16 017 € à 20 ans, puis 49 535 € à 30 ans.

L'exemple déroulé pas à pas : 20 ans d'épargne, deux destins

Concrétisons la ligne « 20 ans » pour bien voir d'où vient l'écart. Camille, 35 ans, place 10 000 € puis 200 € par mois pendant 20 ans, soit 58 000 € versés au total.

  1. Scénario ETF (0,33 % de frais) : son rendement net de frais ressort à 6,5 − 0,33 = 6,17 % par an. Capital au bout de 20 ans : 125 547 €, dont 67 547 € d'intérêts composés.
  2. Scénario fonds actif (1,37 % de frais) : rendement net 6,5 − 1,37 = 5,13 % par an. Capital final : 109 530 €, dont 51 530 € d'intérêts.
  3. La facture : mêmes versements, même marché, mais 16 017 € d'écart — soit l'équivalent de 80 mensualités de son effort d'épargne, ou encore 6 ans et 8 mois de versements partis en frais supplémentaires.

Notez que personne n'a « perdu » d'argent dans ce scénario : les deux portefeuilles ont progressé. C'est ce qui rend les frais si indolores — on ne reçoit jamais de relevé indiquant « coût d'opportunité : 16 017 € ». Le seul moyen de le voir, c'est de faire le calcul.

Assurance-vie pilotée : l'empilement qui monte à 1,8 % et plus

Le cas de la gestion pilotée en assurance-vie mérite un arrêt, car les frais s'y empilent en trois couches que peu d'épargnants additionnent : les frais de gestion du contrat sur unités de compte (généralement 0,6 % à 1,2 % par an), les frais du mandat de gestion pilotée (de 0,1 % à 0,7 % selon qu'il s'agit d'un acteur en ligne ou d'une société de gestion traditionnelle), et enfin les frais internes des supports logés dans le contrat — OPCVM ou ETF.

Total courant : 1,2 % à 1,8 % par an, et davantage lorsque le mandat sélectionne des fonds actifs chargés à plus de 1,5 %. La parade existe pourtant : les contrats en ligne à frais réduits (autour de 0,5 % sur les UC), garnis d'ETF plutôt que de fonds maison, ramènent le coût total sous 0,9 % — gestion libre — sans sacrifier la fiscalité avantageuse de l'enveloppe (rappel : les prélèvements sociaux de l'assurance-vie restent à 17,2 % en 2026, contre 18,6 % pour les titres en compte-titres).

Les frais qui ne figurent pas sur la plaquette

Le TER (frais courants) est la partie émergée. Quatre autres couches peuvent alourdir la facture, surtout si vous transigez souvent :

  • Les droits d'entrée : encore facturés par certains fonds distribués en agence (jusqu'à 2-3 % du versement) — 300 € envolés sur un versement de 10 000 € avant même d'être investi ;
  • Le courtage : de quelques centimes chez les néo-courtiers à plusieurs euros par ordre chez les banques traditionnelles ; négligeable en achat mensuel unique, significatif en multipliant les lignes ;
  • Le spread : l'écart achat/vente, coût invisible de chaque transaction — nous l'avons disséqué dans notre article sur l'exécution des ordres chez Trade Republic ;
  • Les frais d'arbitrage et de transaction sur UC en assurance-vie : souvent 0 % en ligne, parfois 0,5 % à 1 % par mouvement sur les contrats bancaires classiques.

Aucune de ces lignes n'est rédhibitoire isolément. Mais cumulées à un TER élevé, elles expliquent pourquoi deux épargnants investis « sur les mêmes marchés » peuvent afficher plusieurs dizaines de milliers d'euros d'écart à l'arrivée.

Ce que les frais ne disent pas (soyons honnêtes)

Les frais bas ne sont pas une religion, et trois nuances s'imposent. D'abord, ce qui compte in fine est la performance nette : un fonds actif qui battrait durablement son indice de 2 points par an mériterait largement ses 1,37 % — le problème, documenté par l'AMF et par les études comparatives internationales, est que cette surperformance durable est rare et impossible à identifier à l'avance. Ensuite, certains services ont une valeur réelle : une gestion pilotée qui empêche un épargnant de paniquer et de tout vendre au pire moment « rembourse » ses frais lors d'un seul krach évité.

Enfin, comparer un fonds actions à 1,37 % et un fonds euros garanti n'a pas de sens : ce sont des briques différentes d'un patrimoine. La comparaison légitime — celle de ce dossier — porte sur des supports au même profil de risque : actions contre actions, monde contre monde. À profil identique, chaque dixième de point de frais est une perte sèche statistique.

Comment réduire la facture, concrètement

La chasse aux frais se joue en quatre décisions, par ordre d'impact décroissant :

  1. Remplacer les fonds actifs chargés par des ETF indiciels quand vous n'avez pas de conviction forte : c'est le point de bascule à ~1 point de pourcentage par an ;
  2. Choisir la bonne enveloppe : un PEA garni d'ETF cumule frais réduits et fiscalité privilégiée après 5 ans (12,8 % d'impôt évités, restent 18,6 % de prélèvements sociaux en 2026) ;
  3. Auditer son assurance-vie : au-delà de 1 % de frais de gestion sur UC, les contrats en ligne font mieux — et le transfert intra-assureur (loi Pacte) ou un nouveau contrat se chiffrent en milliers d'euros gagnés à long terme ;
  4. Limiter les transactions : un plan d'investissement programmé mensuel minimise courtage, spread et erreurs de timing à la fois.

Avant tout arbitrage, refaites le calcul avec vos propres montants dans le simulateur d'intérêts composés : entrez votre rendement espéré net de frais actuel, puis le même rendement majoré des frais économisés — l'écart affiché est votre gain potentiel, en euros.

Verdict par profil

Il n'existe pas une bonne réponse unique, mais des arbitrages assumés selon votre situation :

Profil Choix cohérent Coût total visé
Autonome, horizon longPEA + ETF monde en versements programmés≤ 0,40 %/an
Veut déléguer sans y penserAssurance-vie en ligne, gestion pilotée ETF0,8 % – 1,2 %/an
Accompagnement patrimonial completGestion conseillée ou pilotée classique1,5 % – 2 %/an, à justifier par le service
Épargne de précautionLivrets réglementés (hors sujet frais)0 %
L'essentiel : visez un coût total inférieur à 0,5 % par an quand vous gérez vous-même, et considérez 1,5 % comme un plafond d'alerte quand vous déléguez. Au-delà, exigez de savoir précisément quel service justifie l'écart — sur 30 ans, chaque point de frais annuel se paie en dizaines de milliers d'euros.

Article éditorial à visée informative publié par NokxiHub. Il ne constitue pas un conseil en investissement ; les performances passées ou simulées ne préjugent pas des performances futures et investir comporte un risque de perte en capital. Simulations : calculs NokxiHub (capitalisation mensuelle, hypothèse 6,5 % brut/an). Sources : AMF — Lettre de l'Observatoire de l'épargne n°65 (avril 2026), Boursorama (frais sur les fonds : la décrue se poursuit), Ramify (frais de l'assurance-vie 2026), Avenue des Investisseurs (frais de gestion en assurance-vie).